Une nouvelle affaire Zampino frappe l'administration Tremblay.

Publié le 26 août 2009
Michèle Ouimet LA PRESSE

Cette fois, ce n'est pas le président du comité exécutif qui se balade sur le yacht de Tony Accurso, mais un haut fonctionnaire de la Ville, Robert Marcil, qui a accepté de passer 10 jours en Italie, invité par un homme d'affaires, Joe Borsellino. Pas à Laval ou Plattsburgh. En Italie, rien de moins.

Joe Borsellino a obtenu plusieurs contrats de la Ville pendant que Robert Marcil occupait un poste stratégique: directeur de la réalisation des travaux.

MM. Borsellino et Marcil étaient en bonne compagnie, en Italie. Étaient présents Jocelyn Dupuis, ex-directeur général de la FTQ-construction, connu pour ses liens avec le crime organisé et son train de vie somptueux, et Yves Lortie, vice-président de Genivar, une compagnie qui fait affaire avec la Ville. Les épouses étaient invitées.

M. Borsellino a obtenu de nombreux contrats auxquels Robert Marcil était associé. A-t-il indûment favorisé M. Borsellino? A-t-il manoeuvré pour qu'il décroche des contrats? M. Borsellino a-t-il remercié M. Marcil en l'invitant en Italie? Seule une enquête nous fournira des réponses.

Il n'y a peut-être que des coïncidences. M. Marcil a peut-être payé ses dépenses en Italie. Peut-être, peut-être. Mais une chose est certaine: l'apparence de conflit d'intérêts est là, grosse comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

M. Marcil est un haut fonctionnaire qui détient un poste clé. Il aurait dû s'abstenir de voyager main dans la main avec un homme d'affaires qui brasse des millions avec la Ville. C'est une évidence. Encore faut-il posséder un minimum de sens éthique pour s'en rendre compte.

Cette fois-ci, c'est la Ville qui a eu vent des liens incestueux entre Robert Marcil et Joe Borsellino. Elle a déclenché une enquête interne. M. Marcil a démissionné le 26 juin.

Encore une histoire de copinage. L'administration Tremblay n'en finit plus de s'enfarger dans les scandales. Les policiers n'ont jamais été aussi occupés.

Depuis 2004, six scandales ont ébranlé le maire: pots-de-vin dans Saint-Laurent, scandale à Outremont autour de la construction d'un centre dont les coûts ont doublé, fraude de 8 millions au service informatique, allégations de corruption autour de la vente de terrains par la SHDM, scandale des compteurs d'eau, contrat de rénovation de 10,6 millions à l'hôtel de ville où la mafia serait impliquée.

Au total: six enquêtes policières, dont cinq toujours en cours. Du jamais vu. La prestigieuse revue britannique The Economist a même consacré un article à la corruption à Montréal. Ça nous fait une belle jambe.

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Pendant que Montréal s'enlisait dans ses scandales, des élus de Vision Montréal (Louise Harel) et Union Montréal (Gérald Tremblay) ont accouché d'un projet de code d'éthique.

Ce code, déposé lundi soir au conseil municipal, n'a pas de dents, encore moins de dentier. Que des gencives qui ne mordront pas grand-chose.

Il n'y a rien de substantiel dans ce code. Du vent, des intentions, de l'esbroufe. Les élus ont brassé le vieux code de 1990 en lui ajoutant quelques fioritures.

Résumons. Le code prévoit la nomination d'un conseiller à l'éthique qui rappellera gentiment à l'ordre les fautifs. Il n'aura pas de pouvoir de surveillance ou d'enquête et aucune sanction n'est prévue si les élus contreviennent au code.

Bref, le conseiller sera une potiche.

Il y a tout de même quelques obligations. Les membres du comité exécutif, par exemple, devront refuser un travail qui les place en conflit d'intérêts deux ans après la fin de leur mandat. Mais le reste est mou. Les entreprises qui font affaire avec la Ville doivent «s'engager» à respecter le code. S'engager. Il n'y a pas d'obligation. Pas de sanction, pas de surveillance, pas d'enquête. Un code décoratif que l'on range dans un tiroir. Aussitôt lu, aussitôt oublié.

Les six scandales et enquêtes policières auraient dû fouetter l'ardeur des élus. Mais non, ils ont préféré accoucher d'une souris. Édentée.

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Cet été, Florent Gagné, ex-directeur de la Sûreté du Québec, a produit son rapport sur «l'éthique et la démocratie municipale». Vaste sujet. C'est l'ex-ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, qui lui avait demandé de jeter les grandes lignes d'un code d'éthique dans la foulée des scandales qui ont frappé Montréal.

Florent Gagné a fait du bon boulot, lui. Tout y est: nomination d'un commissaire à l'éthique doté d'un pouvoir d'enquête copié sur le modèle du vérificateur général, imposition de sanctions, etc. Du mordant.

À Montréal, les élus de tous les partis ont applaudi le rapport Gagné, mais pas question de s'en inspirer. La Ville ne peut pas créer un poste de commissaire à l'éthique ou imposer des sanctions aux élus. Québec doit modifier la loi. Trop long, se sont dit les élus, qui ont préféré se rabattre sur un succédané de code qui devrait être adopté en septembre.

Pendant que les élus de Vision Montréal, Projet Montréal et Union Montréal devisaient aimablement du code lundi soir, Gérald Tremblay restait silencieux. Pourtant, ce sont les errements de son administration qui ont provoqué ce branle-bas éthique.

Combien faudra-t-il de scandales pour que les élus se décident enfin à adopter un vrai code?