Depuis le début du festival Montréal en lumière, on n'arrête pas d'entendre les chefs belges en visite vanter les vertus de notre ville, de ses gens, de ses chefs.

Marie-Claude Lortie LA PRESSE

«Je n'ai jamais eu un accueil comme ça ailleurs», a souligné quelques jours après son arrivée le chef Yves Matagne, président d'honneur du volet gourmand. «Jamais.»

Le chef a aimé la complicité immédiate avec ses hôtes, la simplicité des rapports. La qualité des produits aussi, comme le flétan, les crevettes, le cerf, tous ces produits canadiens qu'il a cuisinés.

Même son de cloche de Nicolas Darnauguilhem, chef franco-belge, qui a craqué pour nos épices sauvages. «Ah oui, sans ça, le repas n'aurait pas eu le même éclat», a-t-il expliqué lundi soir après avoir utilisé du bois sent-bon et de l'aulne crispé de Gaspésie Sauvage, fournis par la Société-Orignal, pour ponctuer ses créations.

Chaque année les visiteurs sont polis et lancent les compliments. Mais cette année, l'enthousiasme a quelque chose de contagieux. Épices sauvages? Gentillesse?

Le festival nous invite presque à nous regarder dans le miroir.

L'Australienne Chantelle Grady, elle, n'est pas ici pour le festival, mais elle adore aussi cuisiner et manger.

Graphiste de formation, elle a déménagé en ville pour quelque temps parce que son mari a un contrat dans la métropole. Cette parachutée de l'autre bout du monde vient de publier sur le web un des plus beaux magazines consacrés à Montréal que j'aie vus depuis longtemps: A Little Relish.

La publication, que l'on peut lire gratuitement en ligne (alittlerelish.com), déborde d'une affection aussi riche et généreuse que tout humble pour notre ville. Murs de pierre ou de briques, cafés, escaliers, façades... Les images du quotidien y défilent, simples et ravissantes. On bouge la souris et on a l'impression de feuilleter les souvenirs d'un amant de longue date de nos rues grises. Pourtant, le regard est tout neuf, nous montrant une réalité urbaine qu'on oublie trop souvent d'aimer.

Rencontrée récemment au Sparrow, dans le Mile End, où elle vient tout juste d'emménager après quelques mois dans le Vieux-Port, Chantelle est réservée, affable. «Je n'aime pas trop attirer l'attention», me confie-t-elle, entre la salade et le latte. La jeune femme n'a rien de la personnalité fougueuse de Donna Hay, cette autre Australienne, auteure et éditrice de magazine, qui a chamboulé tout l'univers du stylisme et de la photo culinaire il y a une vingtaine d'années avec son style terre à terre et épuré.

Chantelle adore le travail de Hay et cela se sent bien dans ses photos, dans le travail graphique de son ouvrage, dans cette recherche de la beauté dans les imperfections, qu'elles soient cachées dans une assiette de pain doré au sirop d'érable ou dans une murale citadine.

En regardant son magazine, je me suis surprise à trouver belles des images que je vois pourtant tous les jours, sans plus les remarquer. La murale sur l'immeuble de la mission Old Brewery, par exemple, juste à côté de La Presse, recadrée par sa fidèle Nikon D90. Une rosace sur une église. Un instant au café Pikolo.

La jeune femme s'étonne que je ne voie pas la même chose en marchant dans les rues près de chez moi ou du bureau. «Il y a tellement de choses magnifiques, dit-elle. J'ai l'impression que je pourrais faire un autre numéro au complet juste sur Montréal.» Le concept de son magazine, toutefois, est de consacrer chaque numéro à une ville différente. Le premier était sur Brisbane, la ville où elle a grandi.

Ce qu'elle aime tant de notre ville? «J'aime qu'elle s'enroule autour de la montagne, j'aime les maisons de briques et leurs escaliers, j'aime qu'elle soit si vieille comparé à Brisbane. J'aime que les gens soient chaleureux, accueillants, qu'ils aiment la mode et le style. J'aime qu'il y ait des gens de partout, tout un mélange culturel. J'aime qu'on puisse sortir facilement de la ville pour aller faire de la planche à neige à la campagne. Et je la trouve plus jolie que Toronto. J'aime que ce soit relax et facile d'y vivre, mais qu'il y ait tout le temps quelque chose à faire. Et j'adore, j'adore que les gens parlent français.»