Quand je suis arrivée la première fois dans le vestiaire du Canadien rempli de vétérans, mais aussi de recrues, je me suis rapidement sentie: a) totalement vieille; b) plus dépourvue que jamais de toute connaissance en hockey; c) fascinée par le charisme, la fragilité, la froideur ou, au contraire, l'amabilité des joueurs. Soudainement, ce jeu a pris un visage. Et c'est ce que j'ai trouvé le plus intéressant de tout cet exercice de contre-emploi. La stratégie sur la glace, je n'y connais rien, la nature humaine, un peu plus. Ne cherchez donc pas des révélations fracassantes qui me mèneront directement à L'antichambre, à RDS. Il n'y en a pas. Par contre, pour les suggestions de restos...

Mis à jour le 1er oct. 2011
Marie-Claude Lortie LA PRESSE

> MON NOUVEAU MEILLEUR AMI: MIKE CAMMALLERI

Mike Cammalleri est le premier joueur à qui je suis allée parler. Il était là, tout seul, sur son banc au vestiaire, pendant que la foule de journalistes interrogeait je ne sais qui, sur je ne sais quoi. Plutôt que de rester plantée au milieu de la pièce, sans pouvoir me cacher, je me suis approchée. J'ai commencé avec une question banale sur la couverture journalistique, mais je me suis retrouvée rapidement à parler de... restaurants, après avoir enchaîné avec l'entraînement estival et la nutrition. Je ne savais pas, moi, que Camma était un érudit de l'alimentation. Il a vanté les avantages du quinoa, expliqué qu'il n'aimait pas le restaurant la Queue de cheval, décrit son régime le plus bio possible. «J'essaie de manger comme un homme des cavernes», m'a-t-il dit en rigolant, avant de préciser qu'il ne va cependant pas à la chasse. Le nouveau papa m'a parlé du Milos - son restaurant préféré parmi tous ceux de Montréal - et expliqué qu'il allait faire ses courses au supermarché Avril, à côté du Complexe sportif Bell du DIX30. Son italien préféré: Da Emma. Le lendemain, on s'est reparlé encore. Il m'a demandé quels étaient mes restos de prédilection du moment. Il ne connaissait pas les Satay Brothers du marché Atwater, ni le Comptoir charcuteries et vin ou le Kazu. Quand j'ai fini par lui apporter un exemplaire de mon nouveau guide resto pour le lui donner, j'ai eu l'impression qu'il était content. Soit il est vraiment foodie. Soit vraiment gentil.

> LE TOUCHANT: CAREY PRICE

De tous les joueurs avec qui j'ai échangé, j'ai trouvé le gardien Carey Price le plus touchant. Quand je lui ai demandé s'il avait un message de gagnant à lancer aux joggeurs qui s'apprêtaient alors à courir le marathon de Montréal, le joueur a répondu, étonnamment, qu'il fallait en savourer chaque moment. Profiter de là où on est, quand on y est. «Moi, en tout cas, c'est comme ça que je pense», m'a-t-il dit, avant d'ajouter: «Car je ne suis pas supposé être ici.» Surprise par sa réponse, je lui ai demandé d'aller plus loin, et il m'a expliqué qu'il n'était pas censé être gardien dans la Ligue nationale parce qu'il venait d'une petite réserve de 500 personnes, en Colombie-Britannique. Un lieu éloigné, où sa grand-mère pêche le saumon et le fait sécher pour en manger pendant de longues semaines. «J'ai été vraiment chanceux», m'a-t-il dit. Quant aux coureurs et à tous les jeunes qui font du sport, il leur rappelle que s'ils se sont entraînés, s'ils ont travaillé, ils en récolteront les fruits. Un jour.

> LE BLAGUEUR: HAL GILL

«Vous avez échangé de rôle avec un collègue journaliste? Vous faites quoi d'habitude? Vous écrivez sur les fleurs et ils vous ont envoyée chez les joueurs de hockey qui puent la sueur?» Le joueur Hal Gill a beau mesurer plus de deux mètres, c'est un petit rigolo. Mon super aimable sherpa, Marc Antoine Godin, un des journalistes les plus hockey de La Presse, m'avait avertie. «Si tu veux rire, va l'interviewer.» On a donc commencé à parler de tout et de rien. Il m'a raconté qu'avant les matchs, même si de façon générale il mange comme un ogre, il se permettait seulement un sandwich au beurre d'arachide et à la confiture. Il a aussi confié qu'il adore Montréal, qu'il a passé l'été chez lui à Boston et que lorsqu'ils sont entre eux, les joueurs parlent surtout de politique. «Not!!!», a-t-il ensuite admis, en riant encore. «Ils discutent plutôt de sports en général, de golf en particulier, de femmes...» À côté de lui, Andrei Markov suivait notre conversation en hochant la tête. Quand j'ai finalement lancé LA question (sur ses restos préférés), le défenseur russe a lancé Globe tandis que Gill avouait un faible pour le Liverpool House, Kaizen, Joe Beef et le nouveau Nora Grey.

> LE JEUNE PRODIGE: BRENDAN GALLAGHER

Gallagher a beau être une des recrues les plus prometteuses du Canadien, je n'ai pu m'empêcher, en lui parlant, de le trouver bien jeune pour être si loin de sa famille, devant un si grand défi. Oui, je lui ai demandé si sa mère serait là pour son premier match au Centre Bell. Non, elle n'y était pas. La joie de «faire partie du moment», de boire l'enthousiasme des fans, de réaliser un rêve? Tout seul pour vivre ça, tout comme le stress d'être à la hauteur des attentes, de maintenir le rythme, de se demander si oui ou non la direction de l'équipe le retiendrait pour cette saison. J'ai eu envie de l'inviter à manger chez moi dimanche soir avec mes enfants, du poulet rôti avec du riz, ou un pâté chinois.

> LE SYMPATHIQUE P.K. SUBBAN

Les joueurs prennent leur travail au sérieux, c'est clair. Mais plusieurs ne se prennent pas eux-mêmes au sérieux, ce qui est fort sympathique. Et le meilleur exemple - du moins pour ce que j'en ai vu pendant mes trois jours avec le Canadien - est le défenseur P.K. Subban. «Pourquoi êtes-vous arrivé le dernier sur la glace tout à l'heure?», lui ont demandé les journalistes après un entraînement, pensant trouver dans cette tardive entrée un signe révélateur. «Parce qu'il fallait que j'aille aux toilettes», a répliqué le jouer en riant. «Et vous savez, c'est long retirer tout cet équipement...» Subban semble avoir souvent le sourire aux lèvres et répond gentiment aux questions. Je lui demande ce qu'il conseille aux jeunes nouveaux qui devront s'installer seuls, dans une nouvelle ville, s'occuper de leur logement, se faire à manger... «Peut-être qu'ils s'ennuieront un peu de leur famille, mais la plupart, ils veulent être autonomes», a-t-il lancé. «Cuisiner seul? Moi, j'ai toujours su cuisiner», précise-t-il. «Cela dit, je ne sais pas si je suis un bon cuisinier.» Sa spécialité? Le steak. Et ses restaurants préférés? Kaizen, le Garde-Manger et M: BRGR.