Ne cherchez pas de poêle en téflon chez la documentariste Marie-Monique Robin. Vous n'en trouverez pas. Pas de Coca Light à l'aspartame non plus. Ni de contenants de plastique. Et certainement pas de conserves doublées de bisphénol A.

Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Plongée dans une grande enquête sur l'industrie chimique depuis des années, l'auteure du film Le monde selon Monsanto a banni tous ces produits de son logis. Plastique dur aux bisphénols, plastique mou aux phtalates... «Le seul objet que je n'arrive pas à remplacer, c'est ma brosse à dents», lance-t-elle en riant. En existe-t-il avec des poils de blaireau naturel, comme pour la mousse à barbe?

Mme Robin fuit les produits chimiques parce que ses travaux, qui ont mené au film Notre poison quotidien et au livre du même nom, lui ont fait découvrir des horreurs. Après avoir fouillé dans la vie et les bilans de Monsanto, la grande firme américaine associée à la mise au point des OGM, des BPC et de l'agent orange, elle s'est en effet demandé si cette société est une exception. Et ce qu'elle a constaté, c'est que ce n'est pas le cas et que tout le secteur chimique est truffé de comportements industriels douteux pouvant mettre la santé du public en danger.

Résultat: dans le doute, elle se tient le plus loin possible de toutes ces molécules arrivées dans nos vies «modernes» pour régler des problèmes, mais aussi pour en créer d'autres.

Ces cancers qui sont en croissance phénoménale, saviez-vous qu'ils touchent particulièrement les pays industrialisés qui ont pu profiter de toutes ces nouvelles inventions?

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Pesticides, herbicides, agents de conservation, isolants, plastiques. Tous ces produits issus de la chimie moderne devaient, au départ, réinventer la roue en facilitant l'agriculture, en prolongeant la vie des aliments, en résolvant mille et un problèmes du quotidien. Aujourd'hui, affirme Mme Robin, on ne peut que constater les dangers qu'ils posent à grande dose, notamment chez les agriculteurs, qui peuvent maintenant, en France, voir leurs cancers et maladie de Parkinson reconnus comme maladies professionnelles. Mais il y a aussi des problèmes avec les très petites doses, tient-elle à préciser, à cause des effets cumulatifs, des effets «cocktails» avec d'autres molécules, ou alors si une femme enceinte en ingurgite un jour-clé du développement de son foetus. En plus des cancers, elle parle des problèmes de fertilité, des maladies neurodégénératives, comme des perturbations en tous genres du système endocrinien...

Au fil des années, certains liens ont été assez clairement démontrés aux yeux des gouvernements et des organismes de réglementation pour que certains produits soient interdits - notamment les BPC et maintenant les BPA dans les biberons pour bébés.

Sauf que, de façon générale, la possibilité de liens entre un tas de molécules et toutes sortes de maladies est souvent perçue comme trop floue pour que cela justifie leur interdiction totale.

Mais ne devrait-on pas fonctionner à l'inverse? Ne devrait-on pas dire: «Dans le doute, abstiens-toi»?

Pour que le lien causal entre ces produits chimiques et plusieurs de ces maladies soit incontestablement et scientifique démontré, il faudrait faire des expériences impossibles, soit imposer à des humains en cage d'être exposés à tel ou tel produit pendant un grand nombre d'années.

Cette preuve, on ne l'aura jamais.

En attendant, il faut gérer les risques. Et ce n'est pas parce qu'un produit ne nous fait pas tomber raide mort qu'il ne nous tue pas.

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Le 5 juin, le documentaire sera diffusé à Télé-Québec. En attendant, le livre est en librairie, avec ses 500 pages de constats plus qu'inquiétants et solidement documentés. Le bilan est si immense et intense qu'on a envie de regarder ailleurs.

Car du chimique, il y en a partout. Y renoncer exige des changements de mode de vie important. Du matin au soir, on en dépend.

Mais la leçon la plus difficile que l'on tire de la lecture, c'est de remettre en question cette confiance que l'on fait aux autorités chargées d'examiner ces questions à notre place pour nous dire quoi penser.

On traverse notre quotidien en se disant que d'autres personnes plus formées que nous sont là pour réfléchir et étudier à notre place l'à-propos de l'approbation de ceci et cela, des produits complexes dont on comprend à peine le pourquoi. Or, explique la journaliste, ils ne méritent pas que devant leur jugement on baisse la garde. Non seulement parce que les conflits d'intérêts sont présents, mais en plus parce que les mécanismes mêmes d'approbation posent problème. On se fie notamment aux données sur la toxicité fournies par... les entreprises qui produisent les molécules!

Ce que Mme Robin nous dit, c'est qu'il faut donc non seulement chercher à chasser ces produits de nos vies, mais en plus remettre en question tout le système qui permet leur existence et leur commercialisation.

Rien de moins.