Vous souvenez-vous du film Super Size Me, ce documentaire où l'on suivait un gars qui avait choisi de ne manger que du McDo pendant un mois?

Marie-Claude Lortie LA PRESSE

C'est lui qui m'a donné l'idée de faire une expérience semblable mais probablement beaucoup moins risquée pour ma santé et, surtout, beaucoup plus socialement acceptable. Pendant un mois, du 21 septembre au 21 octobre, j'ai adopté un régime strictement végétalien.

 

Mis à part une bouchée d'omelette - j'avais une poule dans mon jardin dont je tenais à essayer les oeufs - et une bouchée de poisson prise par inadvertance au début de mon expérience, je n'ai pas touché au lait, à la viande, au beurre, au poisson, au miel, bref à tout ce qui est d'origine animale, pendant 30 jours.

J'ai mis du lait d'amande dans mon café. Du beurre de noisette sur mes tartines. J'ai choisi les dumplings aux légumes de mon resto chinois préféré. Lorsque j'avais des repas dans des établissements «carnivores», j'appelais à l'avance (sans m'identifier), pour avertir la cuisine de la présence d'une végétalienne à table. Vous aurez remarqué que j'ai aussi fait quelques critiques de restos... végétaliens.

Mon bilan?

J'ai mangé pendant ce mois des repas absolument exquis (de fabuleuses salades bien assaisonnées) et pas chers en plus. Mais j'ai aussi goûté à des horreurs sans nom (de la fausse viande sous toutes ses formes). J'ai montré à ma gang à la maison qu'on peut très bien manger un repas végétalien complet et trouver ça bon. Car même s'ils n'étaient pas soumis à mon régime 100% végé, ils ont partagé quelques repas de type quinoa-légumes avec plein de sel et d'huile d'olive et de noix grillées...

Physiquement, je ne peux pas dire que j'aie constaté quoi que ce soit - je n'ai pas fait de bilan médical «avant et après» comme le gars de Super Size Me - mais je dois dire que j'ai ressenti une certaine lourdeur après certains repas «crus», une sous-spécialisation du végétalisme.

Et pendant ce mois, j'ai réfléchi et discuté longuement avec toutes sortes de gens sur ce mouvement «vegan» qui n'est pas nouveau, mais semble actuellement jouir d'un regain de popularité, sur fond de crise environnementale. Car le végétalisme, au-delà des motifs religieux et de la protection des droits des animaux, est souvent justifié ainsi: on bloque tout produit d'origine animale car ce type de consommation fait porter à la Terre une charge indue, que ce soit en vidant les océans ou en brûlant du combustible fossile pour récolter les grains qui serviront à nourrir des bovins pétant du méthane...

Michael Pollan, le célèbre journaliste spécialisé en alimentation, a fait beaucoup de bruit récemment en lançant qu'un végétalien au volant d'un Hummer polluait moins qu'un carnivore en Prius. Les chiffres ne soutiennent pas tout à fait cette comparaison (voir autre texte) mais il est clair que la production industrielle de viande pose des problèmes écologiques.

Quelque part, on devrait tous prendre le temps de faire un exercice végétalien.

S'encourager à manger plus de légumes, de fruits, de céréales, de légumineuses. Croyez-moi: en me mettant des balises pendant un mois, j'ai eu le temps de voir comment il est tout à fait possible de se nourrir de façon agréable et satisfaisante en oubliant la viande, les oeufs et les produits laitiers. Pour cela, ce mois «full vèdge» a été une expérience qui en valait largement la peine.

Cela dit, je comprends ceux qui hésitent à faire le saut, car ce que j'ai pu constater aussi pendant ce mois, c'est à quel point la culture végétarienne et végétalienne est bâtie sur des fondations gastronomiques à mon avis totalement bancales en Amérique du Nord. En Inde, où il y a une culture culinaire végétarienne ancestrale, c'est autre chose.

On dirait qu'on s'est arrêté aux principes idéologiques, sans se préoccuper des saveurs. La chef-proprio de Fuchsia, Binky Holleran, un des rares cafés où l'on mange de la cuisine végétarienne et végétalienne réellement axée sur la richesse des saveurs, à Montréal, m'a d'ailleurs expliqué qu'elle refusait de s'afficher comme végétarienne. «Je ne veux pas faire fuir les gens», m'a-t-elle dit. Et puis, a-t-elle ajouté, «même si j'ai une vingtaine de livres de cuisine végétarienne et végétalienne, je n'en utilise qu'un». Et ce livre est celui de Millenium, un restaurant de très fine cuisine de San Francisco. Un des bons.

De plus, la plupart du temps, autant dans les épiceries naturelles que dans les restaurants dit végétaliens et végétariens, au lieu de célébrer les légumes, les noix, grains et compagnie pour les saveurs et les textures qu'ils offrent, on essaie d'imiter la cuisine traditionnelle, voire carrément la malbouffe.

Faux salami, faux «baloney», fausses saucisses à hot-dog, burgers végétariens, pizzas au faux fromage. Le végétalisme est rempli de faux et d'aliments hautement transformés, comme ceux que l'on est supposé critiquer.

Et là, je ne parle même pas de l'omniprésence notamment du soja, un des produits qui sont dans la ligne de mire des environnementalistes car c'est une des plantes modifiées génétiquement les plus répandues.

Bref, est-on mieux de manger un burger de faux boeuf avec une boisson gazeuse hyper sucrée à la framboise garantie «vegan», ou un morceau de poulet bio du fermier voisin, préparé avec des légumes régionaux et un verre d'eau du robinet?

Le végétalisme, en soi, n'est pas un gage de rectitude environnementale. Et certainement pas une recette toute faite pour s'alimenter agréablement, écologiquement.