Eh oui. Bouchard-Taylor n'ayant pas fait la job, n'ayant aucunement vidé la question du conflit politique entre le droit à l'égalité entre hommes et femmes et le droit à la liberté de religion, nous voilà à nouveau plongés dans le débat sur le port du voile islamique.

Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Grâce à la Fédération des femmes du Québec, qui a cru bon de mettre le feu aux poudres le week-end dernier, nous voilà de nouveau à discuter de l'épineuse question, grande collision aussi entre ceux qui croient, comme la FFQ, que tolérer le port du hijab dans la fonction publique ouvre la voie à l'égalité dans les faits et ceux qui croient qu'il faut établir des principes indissolubles sur la laïcité et les symboles d'inégalités.

Sauf que la discussion sur la place publique, pour le moment, est désespérante de bons sentiments et de non-dits.

Mercredi, le sujet a rebondi à l'Assemblée nationale où la ministre de la Condition féminine, Christine St-Pierre s'est contentée de dire qu'elle était pour l'égalité - on l'espère bien - avant de dire en entrevue à La Presse, qu'elle était pour le moment avec la FFQ car elle ne ferait... rien.

La FFQ, elle, comme si c'était un organisme communautaire, continue de répéter qu'en s'opposant à l'interdiction du voile dans l'espace public, elle cherche le bien de toutes les femmes, incluant les voilées, et à les intégrer dans la société, comme si ceux qui sont en désaccord avec elle cherchaient l'inverse.

Comment se fait-il que l'organisme n'ait pas compris qu'avoir des doutes sur la présence du voile dans la fonction et les services publics, c'est avoir des doutes sur cette façon d'intégrer les musulmanes à la société? Pourtant, il est clair que le but recherché par tout le monde est le même: vivre en cohabitation paisible et enrichissante avec des gens de toutes religions, incluant des femmes libres.

On devrait être en train de parler de Platon et d'Aristote, de citer des juristes comme Catharine MacKinnon ou Qasim Amin. On devrait être en train de relire le Coran et la Charte des droits.

À la place, on a l'impression d'être dans un épisode de Passe-Partout, en train de se faire dire comment être gentil avec tout le monde.

Faux féministes?

Depuis le début de la semaine, donc, beaucoup de mots flous ont été utilisés, mais aussi des attaques envers ceux qui s'interrogent tout haut. Raciste, xénophobe, islamophobe... Je comprends pourquoi on y a recours. Il est vrai qu'il y a des gens, au Québec, qui se servent du droit à l'égalité pour cacher leur intolérance. Qui se découvrent féministes soudainement quand il est question d'islam.

Ce débat devrait donc aller plus loin et, comme l'a soumis le Conseil du statut de la femme, il devrait nous obliger à nous répondre de façon sans équivoque à la question suivante: quand le droit à la liberté de religion et le droit à l'égalité sont confrontés, lequel a préséance?

Théoriquement, depuis l'amendement proposé par le CSF et adopté par l'Assemblée nationale, il y a dans la Charte québécoise une clause qui solidifie le droit à l'égalité. Mais sommes-nous réellement prêts comme société à réellement donner priorité à l'égalité? Et donc à se battre contre les injustices, toutes les injustices, pas seulement quand il y a l'énergie de la colère provoquée par une vitre givrée ou un hijab imposé?

Salle «paquetée»?

Hier, une lectrice m'a conseillé d'aller jeter un coup d'oeil sur un portail de discussion pour musulmans, en français, sur le web: www.mejliss.com

On peut y lire un commentaire écrit à la mi-mars par une participante interloquée à la suite d'un courriel venu de Samira Laouni, membre de la FFQ, candidate pour le NPD dans Bourassa aux élections fédérales de l'automne dernier, et ancienne membre bénévole du Congrès islamique canadien, l'organisme qui appuyait notamment la mise en place de tribunaux islamiques en Ontario en 2004.

Le courriel se lisait ainsi:

«... la Fédération des Femmes du Québec (FFQ) tiendra le 9 Mai prochain une (assemblée générale annuelle) spéciale sur le port du voile (foulard) dans la fonction publique etc... Vous comprendrez que si nous ne sommes pas assez bien représentées (nous c'est-à-dire celles qui sont sans opinion ou qui en sont d'accord), il se peut que l'avis de la FFQ rejoigne celui du CSF (Conseil du statut des femmes) et nous nous verrons obligées d'enlever nos foulards avant de franchir les portes des édifices publics.

Ce qu'il faut faire? Tout simple, en un premier temps devenir membre de la FFQ (coût: 5$, le faire sur le site de la FFQ) en un second temps, assister à cette AGA pour faire valoir nos votes. Chères amies et amis, notre mobilisation pour cette cause est très urgente et importante. (...)»

Hier, j'ai parlé à Mme Laouni qui a confirmé avoir envoyé ce courriel mais m'a dit ne pas être en mesure de savoir si son appel avait été entendu. À la FFQ, la coordonnatrice générale, Nancy Burrows, affirme que seulement sept nouvelles membres s'étaient inscrites dans les six dernières semaines et n'avaient donc pas le droit de vote à l'assemblée du week-end. Depuis novembre, en outre, 32 nouvelles membres se sont jointes à l'organisme. «En tout cas, a-t-elle affirmé, si quelqu'un a essayé de remplir la salle, ça n'a pas marché.»

Dans une lettre envoyée au site féministe Sisyphe, l'organisme Présence Musulmane a confirmé que certaines de ses membres ont effectivement participé à l'événement «à titre individuel».