La Fédération des femmes du Québec (FFQ) a pris position samedi contre l'interdiction du port des signes religieux au sein de la fonction publique et des services publics québécois. Voici deux chroniques, deux points de vue sur ce sujet sensible.

Mis à jour le 12 mai 2009
Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Je me demande ce que penserait Aqsa Parvez de la décision de la Fédération des femmes du Québec - prise ce week-end sans qu'il y ait législation imminente la rendant essentielle - de s'opposer à toute interdiction du port de signes religieux ostentatoires dans la fonction et les services publics.

 

Je ne le saurai jamais car Aqsa est morte.

Adolescente musulmane de 16 ans de Mississauga, elle a été étranglée en 2007. Son père a été accusé du meurtre. Son frère d'entrave à la justice. Motif du crime: collision frontale entre les valeurs familiales et celles de cette élève qui enlevait son voile islamique lorsqu'elle arrivait à l'école.

Porter un voile, pour bien des musulmanes, n'est pas un choix. Des pays entiers l'imposent. Des familles aussi. Ici même, au Québec et au Canada.

Cette réalité, on ne peut l'ignorer. Tout comme on ne peut ignorer les gens qui, à la lumière de telles tragédies, sont mal à l'aise, incertains, devant le sens symbolique du voile islamique. Dans une démocratie égalitaire, cela fait même partie des réactions normales. Et un organisme féministe qui se dit «la voix de toutes les femmes», ne peut y faire la sourde oreille. Ne peut faire semblant que la question se clôt aisément.

Pourtant, c'est ce qu'a fait FFQ - l'organisme fondé en 1966 par Thérèse Casgrain pour défendre les droits des femmes et lutter contre la violence, les inégalités et la discrimination - en adoptant sa position hautement controversée. Tant pis pour les arguments de féministes comme la Québécoise Djemila Benhabib ou la Franco-Iranienne Chahdortt Djavann, qui sont farouchement opposées au voile dans les institutions publiques. Tant pis pour les silencieuses obligatoires. Tant pis pour les laïques agacées.

En adoptant sa position «nous on n'est pas contre», la FFQ a fait savoir qu'à ses yeux, cet autre discours ne comptait pas autant que celui sur la tolérance religieuse.

La présidente de la FFQ, Michèle Asselin, défend ainsi sa position: si on interdit le voile, les femmes musulmanes seront plus discriminées que jamais. Si on veut les défendre et les intégrer, il faut leur permettre de porter le voile partout.

Est-ce que des recherches ont démontré que le voile - plutôt que son interdiction - accélère l'intégration? Mme Asselin ne peut en citer. Mais cela n'empêche pas l'abondance de bons sentiments. «Souvent, percevoir le voile comme un symbole d'inégalité relève du préjugé, dit-elle. Il ne faut pas penser que parce que les femmes portent le voile, elles n'ont pas des valeurs égalitaires.»

Ce genre d'affirmation fait bondir Djemila Benhabib, auteure de Ma vie à contre-Coran, dénonce l'organisme hier dans une lettre intitulée «J'accuse la FFQ de trahir le combat des femmes» (publiée en page A23).

Selon elle, le voile charrie l'oppression et les inégalités vécues par trop de musulmanes, partout dans le monde. Point à la ligne. «En Iran, on peut être fouettée pour quelques mèches qui dépassent, dit-elle. Les féministes du Québec doivent être connectées avec ce qui se passe ailleurs.» Accepter le voile dans les fonctions publiques, c'est accepter de prolonger la hiérarchie traditionnelle de la famille, dit-elle. «On ne doit pas accepter de reproduire un système rétrograde. Si on accepte le voile, on abandonne les jeunes filles à leur sort.»

Vouloir ouvrir les bras très grands aux différences culturelles, c'est louable. «Mais toutes les cultures ne sont pas respectables, ajoute l'auteure. Et tout n'est pas respectable dans les cultures.»