C'est une histoire de rupture assez banale. Un couple se sépare. La relation s'envenime. Pour compliquer les choses, l'un est l'agent de l'autre et l'un doit de l'argent à l'autre (ou est-ce le contraire?). La maison, l'hypothèque, les avocats, les poursuites. Le train-train quotidien des spécialistes du droit de la famille.

Publié le 28 oct. 2010
Marc Cassivi LA PRESSE

Dans 99,9 % des cas, on n'en entend pas parler dans les médias. Sauf lorsqu'il s'agit d'une personnalité publique. La presse, de façon générale, ne rechigne pas à relater dans le détail une chicane de clôture entre un politicien et son voisin, la condamnation pour conduite en état d'ébriété d'un animateur télé ou la rupture houleuse entre une chanteuse et son imprésario.

Ce sont les risques du métier. En 2010, une personne exerçant un métier public doit raisonnablement s'attendre à voir ses déboires judiciaires étalés dans les médias. Surtout lorsqu'elle accepte d'afficher sa vie privée.

Ne vous demandez pas pourquoi les mêmes vedettes se retrouvent constamment à la une des revues à potins. Règle générale, ces célébrités sollicitent elles-mêmes les magazines, pour des entrevues sur leur chien, pour publier leurs photos de mariage ou publiciser la naissance de leurs jumeaux.

Pourquoi quelqu'un souhaiterait-il que ses photos de mariage soient bien en vue dans le kiosque à magazines de l'épicerie du coin? Je n'en ai pas la moindre idée. J'imagine que les vedettes adeptes de cette pratique particulière y trouvent leur compte. Leur disque de Noël, leur émission de radio matinale, leur téléroman nouveau genre profite d'une publicité gratuite et d'un traitement complaisant. Leur visage peut resplendir à souhait sur du papier glacé de mauvaise qualité, procurant du matériel de choix pour le scrapbook de leur matante Gisèle.

Ce qu'il y a d'embêtant avec la presse à potins, c'est que le jour où votre mariage de vedette tourne au vinaigre, elle ne se gêne pas pour se servir des photos que vous lui avez envoyées pour en faire ses choux gras. La désinvolture étonnante avec laquelle certaines vedettes se livrent publiquement n'est malheureusement pas sans conséquence.

Que l'on me comprenne bien: je ne blâme pas les artistes pour mieux déresponsabiliser les médias. La nature de la bête médiatique est telle qu'elle repousse chaque fois les limites du bon goût et du socialement acceptable. Que le public se passionne pour les amourettes adolescentes d'Occupation double ou pour le passage chez la coiffeuse de Claude Dubois, que les artistes encouragent leur propre «peoplisation» (pardon my french), cela n'excuse d'aucune manière le dérapage médiatique.

Ce qui me ramène à cette histoire assez banale. Hier, un journal en lock-out redoutablement racoleur a publié en page 2 le récit de la rupture d'un animateur de télévision bien connu. La chicane, la maison, l'hypothèque, les avocats, les poursuites. Une nouvelle mineure, d'un intérêt mineur, pourtant jouée à pleine page dans le tabloïd, photo à l'appui.

Le dérapage ne se trouve pas tant dans la nature de la nouvelle que dans son traitement. C'est un dérapage en filigrane. L'animateur en question est homosexuel. Il a choisi de ne pas discuter publiquement de son homosexualité. Son orientation sexuelle a beau être un secret de Polichinelle dans le milieu de la télé, c'est une question privée qu'il a toujours préféré garder comme telle. Il ne s'est jamais affiché avec son ancien chum, qui était son agent, et avec lequel il a aujourd'hui un différend devant les tribunaux.

Hier, un journaliste a pourtant décidé de transgresser une règle non écrite en dévoilant publiquement, sans son consentement, l'homosexualité de cet animateur qui n'a rien demandé, sinon que les procédures judiciaires le concernant se déroulent à huis clos et qu'une ordonnance de non-publication soit rendue. Merci de votre compréhension, M. Pigeon...

Il y avait un moment que j'avais lu traitement plus odieux d'une nouvelle dans un quotidien, que j'avais perçu autant de mesquinerie et de mauvaise foi.

J'oubliais presque - on dira que c'est un détail -, mais l'animateur dont il est question a quitté récemment une émission très populaire de TVA, propriété du même empire que le journal en lock-out, pour animer un quiz à Radio-Canada. Aurait-on publié la même nouvelle si elle avait concerné un animateur gai de TVA qui a choisi de ne pas faire son coming out?

J'ai comme un doute.