Tiens, tiens, comme c'est ironique. Le blogueur impertinent et pourfendeur anonyme de la classe médiatico-artistique québécoise connu (mais pas trop) sous le nom de La Clique du Plateau est en tournée médiatique.

Mis à jour le 1er oct. 2009
Marc Cassivi LA PRESSE

Sujet de la chronique du compagnon Lagacé il y a une quinzaine, invité chez Christiane Charette hier. Même René Homier-Roy en a parlé. La consécration hertzienne. On se mord la queue à l'appel des sirènes? On se prend soudain pour une Tête à claques?

J'imagine qu'on verra bientôt ce Perez Hilton du terroir, sorte de Michel Girouard sans filtre et bronzage permanent, à Tout le monde en parle. Puisque tout le monde en parle. À moins qu'il ne réserve son coming out télévisuel, monnayé bien sûr, pour Sucré salé? Vous ne connaissez pas la Clique du Plateau? C'est que vous ne comptez pas parmi les 152 journalistes, 82 animateurs, 164 comédiens, 179 recherchistes, 424 blogueurs et quelques autres centaines d'initiés des diatribes grinçantes de cet habile scripteur de légendes photo. Un Mario Dumont du bas de vignette. Un Stéphane Laporte adepte de Photoshop.

Le ridicule n'ayant jamais tué, La Clique du Plateau, qui se moque allègrement de la Clique du Plateau (cette supposée caste médiatique et artistique montréalaise gauchisante qui, selon Jeff Fillion, contrôlerait les règles du bon goût de Gatineau à Gaspé), intéresse essentiellement... la Clique du Plateau. Une mise en abîme narcissique de la classe médiatique (dont cette chronique est une énième illustration).

Son auteur le reconnaît lui-même. Mes amis les plus branchés sur le web, qui ne sont pas journalistes, n'ont jamais entendu parler du blogue de La Clique du Plateau. Mes collègues de La Presse, en revanche, m'ont regardé comme un extraterrestre lorsque je leur ai avoué que j'ignorais l'existence de cette version caustique d'Échos Vedettes (dont nous avons tous été les victimes).

«Vous êtes pris à votre jeu», a fait remarquer hier Christiane Charette au blogueur-mystère, qui a refusé de s'identifier. Monsieur X n'est pas à un paradoxe près. Il semble se demander, avec sa voix d'animateur de radio étudiante (42 «tsé» au compteur), ce qu'on peut bien lui trouver. On se le demande aussi. Il a, en effet, peu de choses pertinentes à dire (il n'aime pas Louis-José Houde: oooooh!). Or, il joue volontiers le jeu d'une médiatisation que, d'ordinaire, il ridiculise sans retenue sur son blogue.

Il n'y a pas tant de gens que ça qui me lisent, concède cet Edgar Bori de la blogosphère. On n'a pas de mal à le croire. Pourquoi alors parle-t-on du blogue de La Clique du Plateau dans les médias? Parce que La Clique du Plateau parle des médias sur son blogue. La bête nourrit la bête qui nourrit la bête. Et je suis un peu bête, oui, je sais...

Je vais tenter une autre explication. Le courage dont fait preuve l'énigmatique Clique du Plateau est remarquable. Imaginez: ce que les gens se disent en privé, le matin au bureau, de l'épisode d'Occupation double de la veille, avec force pointes d'ironie et sarcasmes déplacés, lui, il l'écrit. Oui, madame. En toutes lettres, sans trop de fautes. Faut le faire.

Il ne se contente pas de raconter à sa collègue, devant la machine à café, qu'il a trouvé extraordinairement émouvante Evelyne-tsé-la-fille-de-Call-TV-tsé-qui-est-mon-amie-dans-la-vraie-vie-tsé à Tout le monde en parle, ni de souligner que Joël Legendre n'a pas de talent. Il l'écrit sur son blogue, sans signer, sans donner le moindre indice sur qui il est, d'où il vient et quel travail il fait «dans le public» (ses mots). Révolutionnaire. Newton avec un ordinateur Apple. On devrait rebaptiser l'autoroute Henri-IV à Québec «l'autoroute de l'Information et de la Bravoure». En son honneur.

«Je dis tout bas ce que les gens pensent tout haut», a fièrement déclaré M. Clique du Plateau à Christiane Charette hier. Le beau lapsus. La différence, c'est que les gens qui pensent tout haut assument leurs opinions (quelle idée saugrenue). Ils signent leurs textes (tellement XXe siècle) et ne se cachent pas derrière un masque de Patof pour dire que la chemise d'Untel est laide ou que le rire d'Unetelle est niais (pourquoi donc?).

Ils poussent même l'hérésie jusqu'à ne rien écrire qu'ils n'accepteraient de dire à quelqu'un en personne (ils ne sont pas sur Twitter?). Ces gens-là sont incroyables.

Commentaire inutile à m'envoyer: c'est qui Henri IV?