On savait déjà que le gouvernement conservateur ne reviendrait pas sur sa décision d'abolir les programmes PromArt et Routes commerciales, destinés au rayonnement des artistes canadiens à l'étranger.

Mis à jour le 27 nov. 2008
Marc Cassivi LA PRESSE

Ce qu'on ne savait pas encore de manière certaine, c'est que le gouvernement conservateur n'a aucune intention de remplacer ces programmes, essentiels à la survie de dizaines d'entreprises culturelles, de quelque façon que ce soit.

 

Le nouveau ministre du Patrimoine canadien, James Moore, un vieux jeune de 32 ans qui semble avoir la fibre artistique d'un vendeur d'assurances mormon, a confirmé mardi ce dont on se doutait depuis un moment: les quelque 14 millions de dollars de PromArt et de Routes commerciales ne seront réinvestis d'aucune manière pour aider les artistes à financer leurs tournées à l'étranger.

C'est exactement, au mot près, le contraire de ce que clamait haut et fort l'ancienne ministre du Patrimoine Josée Verner il y a quelques mois à peine. C'est aussi strictement le contraire de ce que nous assurent depuis des mois les porte-parole du Ministère et des gens supposément bien au fait des stratégies du Parti conservateur.

«L'argent sera réinvesti sous d'autres formes d'aide, c'est garanti», m'a-t-on répété tout l'automne. C'était, évidemment, de la boulechite fraîchement recueillie dans un ranch de l'Alberta. Faut-il s'en étonner de la part d'un gouvernement qui a fait la preuve irréfutable de son mépris de la culture? Je suis un peu naïf.

Un gouvernement prend une mauvaise décision. Ça arrive. Il coupe quelques millions dans l'aide aux artistes, du petit-beurre de pinottes dans son budget global, et met en péril des centaines de représentations de spectacles canadiens et particulièrement québécois à l'étranger. On estime les pertes à plusieurs millions de dollars pour les entreprises culturelles qui prennent le risque de s'exporter et de faire rayonner la culture canadienne dans le monde.

Sans reconnaître son erreur, ledit gouvernement promet que les quelques millions de dollars amputés seront réinvestis dans de nouveaux programmes, plus efficaces, qui n'offrent pas d'encouragement à des groupes de musique qui osent s'appeler Holy Fuck.

Aujourd'hui, on nous confirme qu'il n'y aura pas de nouveaux programmes. Pas de sommes réinvesties. Pas de plan B. Oubliez ça. C'était une promesse de l'ancienne administration. Bienvenue/Welcome au nouveau gouvernement conservateur minoritaire. Please leave a message.

Je me trompe ou c'est toujours Stephen Harper, maître pianiste de la démagogie, qui est à la tête de ce gouvernement? Et cette pauvre Josée Verner, elle est toujours au cabinet, non? Que vaut leur parole? Si vous avez répondu «rien du tout», ça vous fait deux morceaux de robot.

Sans même en être gêné, Stephen Harper nous envoie une baudruche de jeune vieux politicien de carrière pour nous justifier 45 millions de dollars de coupes dans des programmes culturels par l'excuse toute faite de la «responsabilité fiscale» de son gouvernement.

Pendant que des compagnies de danse, des troupes de théâtres et autres ambassadeurs de la culture québécoise contemplent la faillite, que fait le gouvernement du Québec? Il demande, du bout des lèvres, sans jamais lever le ton, qu'Ottawa change de cap. Excusez-moi, M. Harper. Vous ne pourriez pas changer de cap?

Le plus ridicule, c'est qu'Ottawa ne prend même pas le temps de répondre. Pas le moindre récépissé. Même pas de «pas encore eu le temps de prendre connaissance de vos doléances, Mme St-Pierre».

Le Québec a l'air ces jours-ci, en matière de culture, d'un paillasson rugueux sur lequel le premier ministre vient essuyer ses bottes sales de cowboy.

On penserait qu'il serait question de cet affront dans un débat des chefs comme celui de mardi. À peine. À l'exception de la belle unanimité sur l'exemption de TVQ pour les produits culturels, une idée lancée tellement à la va-vite que Jean Charest n'a même pas été capable d'identifier ce qu'est un produit culturel québécois, il n'a presque pas été question de culture.

Si le gouvernement libéral n'a pas les «mains liées» à Ottawa, comme le prétend son chef, son incapacité chronique à faire respecter la culture et les artistes québécois en dit long sur son rapport de force avec le gouvernement fédéral.

Pauline Marois a de son côté réitéré mardi sa promesse de combler le déficit des programmes fédéraux de soutien aux artistes à l'étranger si le Parti québécois est élu. Est-ce vraiment en payant à la place d'Ottawa, et en déresponsabilisant le gouvernement conservateur vis-à-vis de ses engagements en culture, que l'on va régler quoi que ce soit?

Si vous voulez mon avis, Stephen Harper est mort de rire.