«Une nouvelle façon de faire de la politique» ? C'est le slogan à la mode chez les donneurs de leçons de vertu et les aigris de la politique.

Mis à jour le 24 sept. 2011
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Inutile de chercher midi à quatorze heures. Il serait plus simple, et plus utile à la société, qu'ils se contentent modestement de respecter les règles élémentaires de la civilité.

Ainsi Jacques Duchesneau, qui se présente comme le Monsieur Net qui libérera le Québec de la corruption et rétablira l'honneur de la vie politique. À qui a-t-il donné la primeur de ses commentaires sur son rapport préliminaire (un rapport qui a fait l'objet d'une fuite mais qu'il n'avait jamais lui-même commenté)? À tout le monde et à n'importe qui, alors qu'il était convoqué à une commission parlementaire pour mardi prochain. Interview au Devoir, passage à Tout le monde en parle... et tant pis pour les élus, qui devront attendre leur tour.

Voilà un comportement qui suinte le mépris envers la classe politique et qui a de quoi vous faire douter, sinon de la crédibilité, du moins du sérieux de M. Duchesneau.

Parlant du rapport Duchesneau, il faut dire que le premier ministre Charest ne s'est pas grandi en convoquant une conférence de presse pour commenter un rapport dont il a avoué tout bonnement qu'il ne l'avait pas lu. C'est le genre de détail dont se souvient l'opinion publique. Quand on aura tout oublié de cette histoire, on se rappellera cet aveu ingénu et troublant - troublant par ce qu'il charrie de désinvolture envers la population. Certes, un premier ministre est un homme occupé, mais n'a-t-il pas à son service des gens dont la fonction est de lui préparer des notes de lecture?

Pauline Marois ne s'est pas grandie non plus cette semaine. Après avoir traité M. Charest de «menteur», elle vient de l'accuser de vouloir «protéger la mafia» en refusant d'instaurer une commission d'enquête sur la construction.

Il y a bien des raisons qui militent contre les commissions d'enquête (on n'a qu'à penser à la commission Gomery, dont les résultats ont été inversement proportionnels au tapage qu'elle a engendré). Peut-être M. Charest a-t-il tort de refuser cette voie. Mais dire qu'il le fait pour «protéger la mafia», c'est ridicule et grossier, et franchement inacceptable dans la bouche d'un chef de l'opposition.

Mme Marois, comme cela lui arrive très souvent, n'en est pas à une contradiction près. D'un côté, elle voit partout l'ombre de la mafia et l'hydre de la corruption, et de l'autre, elle affirme tranquillement que les dons substantiels qu'elle a reçus de firmes d'ingénierie n'ont aucune importance parce qu'il ne s'agissait que d'une campagne à la direction. Comment ça? Ces bureaux d'ingénieurs lui auraient donné de l'argent pour ses beaux yeux, sans s'attendre à des renvois d'ascenseur dans l'éventualité (fort probable à l'époque) où son parti aurait pris le pouvoir? Autre exemple de vieille politicaillerie: la dernière sortie de Jean-Martin Aussant, cet obscur député qui a connu son quart d'heure de gloire en démissionnant du PQ et en fondant un groupuscule. Il fait partie du groupe d'ex-péquistes qui veulent, comme ils disent, «changer la politique». L'autre jour, à l'Assemblée nationale, M. Aussant laissait planer l'hypothèse que M. Charest recevrait d'autres revenus que son salaire de premier ministre et ce, au beau milieu du débat sur la corruption. En quoi ce genre d'insinuation représente-t-il «une nouvelle façon de faire de la politique» ?

Respecter les électeurs, s'abstenir de lancer de la boue sans motif, voilà qui serait une «nouvelle façon de faire de la politique».

lgagnon@lapresse.ca