Le comportement inadmissible de Dimitri Soudas à Copenhague devrait sceller le sort de l'homme à tout faire du premier ministre Harper, à la fois porte-parole, porte-valises et conseiller spécial pour le Québec.

Mis à jour le 17 déc. 2009
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Réagissant comme un cowboy à un canular critiquant la position canadienne sur l'environnement, M. Soudas a publiquement accusé Steven Guilbeault d'Equiterre d'être derrière l'opération (c'était faux). On l'a aussi vu s'engager dans une bataille (verbale) de ruelle avec un manifestant. C'est un comportement indigne, venant d'un proche collaborateur d'un premier ministre, d'autant plus que M. Soudas n'en est pas à sa première gaffe.

Mais n'en voulons pas à M. Soudas. Le responsable, c'est celui qui a promu ce jeune homme à des fonctions pour lesquelles il était nettement sous-qualifié. L'un des traits les plus détestables de M. Harper est sa propension à s'entourer de faibles, de manière à tout contrôler - un défaut qui trahit toujours une profonde insécurité, les gens sûrs d'eux ayant au contraire tendance à recruter leurs collaborateurs parmi the best and the brightest.

Le fait que M. Harper ait choisi comme factotum un «poids léger» dépourvu de contacts en dehors de la communauté grecque et de l'ADQ, montre qu'il a privilégié la soumission aveugle à la compétence. Son parti en a d'ailleurs payé chèrement le prix lors des dernières élections au Québec.

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L'HYPOCRISIE A UN NOM, ou plutôt deux: Québec et Ontario. Les deux gouvernements provinciaux ont joué les purs à Copenhague, accusant le gouvernement canadien de saboter leurs efforts environnementaux en fermant les yeux sur les émissions de GES de l'Ouest.

Pourtant, quoi d'étonnant à ce que le gouvernement canadien, comme tous les autres gouvernements présents à Copenhague, préserve ses intérêts nationaux? Aucun gouvernement n'accepterait de sacrifier l'économie d'une partie de son territoire pour faire plaisir aux groupes de pression internationaux, et il est franchement puéril de reprocher au gouvernement Harper de protéger les intérêts des deux provinces productrices de pétrole... qui sont comme par hasard la locomotive économique du pays.

Jean Charest a beau fanfaronner à Copenhague dans le but très évident de se faire du capital politique at home, il agirait exactement comme Stephen Harper s'il était à sa place.

D'où croit-on que venaient les 8,4 milliards$ que le Québec a reçus l'an dernier au titre de la péréquation? Chaque Albertain verse 5700$ de plus au fédéral qu'il n'en reçoit en services, alors que le Québec est le plus grand bénéficiaire de la péréquation.

Bref, c'est grâce aux sables bitumineux que le Québec peut se permettre de vivre au-dessus de ses moyens et de s'offrir des services de luxe comme les garderies à 7$ et des universités quasiment gratuites. La décence exigerait que le gouvernement québécois s'abstienne au moins de cracher dans la soupe... ou alors que, joignant le geste à la parole, il décide désormais de renoncer à l'argent «sale» du pétrole de l'Ouest.

De toute façon, le Québec et l'Ontario peuvent bien «s'engager» à baisser leurs émissions de GES de 20% et de 15%, cela n'a rien de particulièrement vertueux. Le Québec a la chance de disposer d'une source d'énergie propre (l'hydro-électricité), et la crise de l'automobile a fait de l'Ontario un moins grand pollueur... Mais surtout, attendons de voir ce que donneront ces belles promesses, quand l'électorat réalisera que pour atteindre la cible de 20%, il faudra payer beaucoup plus cher pour l'essence et l'électricité. Les donneurs de leçon, à Queen's Park et à Québec, s'organiseront bien pour revenir sur leurs engagements s'il en va de leur réélection.