«Voulez-vous un homme ou une femme?» C'est la première question qu'on m'a posée à mon gym, quand j'ai demandé un rendez-vous avec un entraîneur pour apprendre de nouveaux exercices.

Mis à jour le 20 oct. 2009
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Cela m'est égal, ai-je dit, mais devant mon air étonné, on m'a expliqué que beaucoup de clients requièrent un entraîneur de leur propre sexe. Les motivations sont diverses: pour certaines femmes, c'est une question de confort psychologique ou parce qu'on croit, à tort ou à raison, qu'une entraîneuse connaît mieux la morphologie féminine. Idem, à l'inverse, pour certains hommes.

 

Si les gyms offrent ce choix aux clients, pourquoi la SAAQ ne pourrait-elle pas tolérer quelques exceptions, si cela se produit rarement (six cas sur 26 000 en six mois!), si cela ne dérange pas l'organisation du travail et ne pénalise aucun employé? Pourquoi le motif religieux serait-il plus méprisable que les motifs guidant le choix d'un entraîneur sportif?

En quoi cela ferait-il des employés féminins des êtres «inférieurs»? L'instructrice n'est pas «rejetée» en tant que personne, et quand la requête vient d'une femme hassidique, ce sont les instructeurs masculins qui sont exclus. La décision de la SAAQ était certes discutable, mais pourquoi en faire un drame? À l'époque où j'étais reporter, j'ai souvent demandé au photographe (masculin) qui m'accompagnait de poser les questions à ma place quand je pressentais que la personne interviewée serait plus à l'aise avec un homme. Me sentais-je alors offensée ou diminuée? Pas du tout.

Les hassidim méprisent-ils les femmes? Je n'ai aucune raison de croire qu'ils les méprisent davantage que nos grands-pères méprisaient leurs épouses, leurs mères ou leurs filles. Simplement, ils refusent tout contact avec les femmes étrangères à leur clan et s'obstinent à vivre dans leur bulle, à des années-lumière du XXIe siècle. C'est un comportement fort étrange, mais ce n'est pas ce qu'on appelle du «mépris». De toute façon, toutes les religions monothéistes ont peur des femmes, la religion catholique étant la pire à ce chapitre parce que c'est la seule qui interdise le mariage à ses ministres du culte.

Tout le monde, aujourd'hui, trouve normal que les hôpitaux permettent aux patients de recevoir des soins intimes d'un préposé de leur sexe. Mais se rappelle-t-on qu'il n'y a pas 10 ans, les syndicats s'opposaient violemment à cette «sexualisation des tâches» et prédisaient les pires conséquences sur l'organisation des soins et le moral des employés?

Il va de soi qu'en tant qu'entreprise privée, un centre sportif n'est pas tenu à la même rigueur qu'un service public comme la SAAQ. Dans ce dernier cas, je comparerais la tolérance de l'organisme à celle du policier qui s'abstient de vous coller une amende parce que vous avez dépassé de 2 km/h la limite de vitesse. Le service de police ne peut évidemment pas afficher publiquement cette tolérance, car le règlement c'est le règlement. Mais au cas par cas, le policier se sert de son bon sens...

Malheureusement, le fait que les pratiques de la SAAQ aient causé une telle fureur publique va l'empêcher, dorénavant, de consentir à ces légers accommodements qui ne faisaient de mal à personne et que personne n'aurait remarqué si notre société n'était pas si maladivement obsédée par le comportement d'une poignée d'hassidim et de quelques musulmans intégristes.

Les Témoins de Jéhovah sont les plus grands demandeurs d'accommodements, et ceux-là coûtent bien plus cher à la société (exemple: l'occupation prolongée d'un lit d'hôpital pour éviter la transfusion de sang...). Pourtant, ni le PQ ni les médias sensationnalistes ne s'en scandalisent. Serait-ce parce que la majorité des Témoins sont des francophones de souche?