Qui succédera à Stéphane Dion? Malgré la flopée de noms qui circulent dans les médias et dans les cercles libéraux, les très bons candidats ne sont pas si nombreux. En fait, ils sont plutôt rarissimes, ce qui du reste est normal, la politique active n'étant plus la voie royale susceptible d'attirer les personnalités d'envergure. En outre, il faut une sacrée passion politique pour vouloir diriger un parti affaibli et ruiné comme le PLC.

Mis à jour le 23 oct. 2008
Lysiane Gagnon LA PRESSE

À part Michael Ignatieff et Bob Rae, qui sont des candidats crédibles à tous égards, on ne voit guère se profiler à l'horizon le sauveur qui extirpera le parti des limbes où l'ont précipité Paul Martin et Stéphane Dion.

Les quadragénaires de la nouvelle génération, les Torontois Gerard Kennedy et Martha Hall Findlay, qui avaient participé à la course en 2006, ont un gros problème: ils ne sont pas bilingues. Ils peuvent, à la rigueur, lire un texte écrit, mais ils ne seront pas en mesure de répondre à des questions spontanées ni de participer à un débat en français d'ici plusieurs années.

L'autre quadragénaire dont on parle est l'ancien ministre Martin Cauchon, mais en vertu de la règle implicite de l'alternance qui a toujours guidé le Parti libéral du Canada, il se trouve d'emblée plus ou moins disqualifié par le fait qu'il est Québécois et francophone. Les libéraux estimeront certainement que c'est au tour d'un anglophone à succéder à M. Dion, et qu'après les Chrétien, Martin et Dion, qui étaient tous du Québec, il serait temps de passer le flambeau à quelqu'un d'une autre province.

Théoriquement, l'ancien ministre John Manley serait un choix logique. Il a l'atout, très précieux en ces temps troublés, d'avoir dirigé nombre de ministères économiques, en plus des Affaires étrangères. Il est bilingue. Il est Ontarien. Il a deux problèmes, toutefois: un manque absolu de charisme, et le fait d'avoir été nommé par M. Harper à la tête d'un comité d'étude sur l'engagement canadien en Afghanistan - une «collusion» que bien des libéraux n'apprécient pas. Le second problème pourrait s'estomper compte tenu de ses qualifications, mais le premier problème est d'ordre permanent.

Écartons d'emblée Denis Coderre, qui a des talents manifestes d'organisateur et de tribun, mais qui viserait franchement plus haut que ses capacités s'il se croyait destiné à devenir premier ministre. De toute façon, la candidature d'un autre Québécois francophone susciterait les mêmes objections que celle de Martin Cauchon.

Fort heureusement pour lui, Justin Trudeau a eu le bon sens de s'exclure lui-même de la course, bien que son nom eût circulé au Canada anglais, où l'on rêve encore d'un autre Pierre Elliott Trudeau. À défaut d'un clone, on s'est imaginé que le fils ferait l'affaire... mais c'était bien mal connaître les fils Trudeau, dont aucun n'a hérité de l'esprit incisif et de la vaste culture politique de leur père.

On s'agite beaucoup autour de la candidature possible, mais pas du tout certaine, de l'ancien premier ministre néo-brunswickois Frank McKenna. Mais l'on ne sait pas si les 10 dernières années passées dans les milieux d'affaires ne l'ont pas quelque peu «rouillé», politiquement parlant. La chose est déjà arrivée à John Turner. À son retour en politique, en 1983, après huit ans dans le confort doré d'un grand cabinet d'avocats torontois, il avait perdu ses réflexes politiques.

Il y a aussi Dominic LeBlanc, député de Beauséjour, au Nouveau-Brunswick et fils de l'ancien gouverneur général Roméo LeBlanc. J'avoue ne pas le connaître. Sur papier cependant, il a des atouts: ce jeune avocat, député depuis 2000, serait, dit-on, fort sympathique et bon orateur. Il est évidemment bilingue. Les libéraux n'entretiendraient pas envers un Acadien les mêmes objections qu'envers un «nième» Québécois.

Reste enfin l'actuel premier ministre ontarien, Dalton McGuinty. Mais un premier ministre ne laisse pas son poste pour se lancer dans une course hasardeuse. Or, rien ne laisse croire qu'il pourrait être plébiscité.

Les deux gros canons restent donc MM. Ignatieff et Rae. Chacun a de la notoriété et un C.V. remarquable, de nombreux appuis et une machine électorale qui roule à plein régime. On peut parier sans trop de risque que le prochain leader sera l'un de ces deux-là.