Un drame? De la comédie? Du vaudeville? Un thriller? Pas évident de cerner Les soeurs Elliot 2 à TVA. Pas évident du tout. Le ton de la série change radicalement d'une scène à l'autre, ce qui altère son réalisme et incite au décrochage, à mon avis.

Hugo Dumas LA PRESSE

Un exemple? Dans le premier épisode que le «vrai réseau» présente ce soir (21 h), un membre des méchants Koudous torture Gloria (Isabel Richer) en lui plongeant la tête dans un évier jusqu'à ce qu'elle tombe dans les vapes. Malaise. L'auteure Estelle Bouchard traite ici du commerce illégal des diamants par la pègre angolaise. Sujet sérieux, on en convient.

Puis, sur une musique très hop la vie, Eugénie (Julie Perreault) glisse une poignée de somnifères dans la bouteille de jus du ravisseur de sa soeur (NDLR: le plus vieux gag télévisuel au monde), tandis que son père, Gerry (Gilbert Sicotte), achète des faux diamants dans un Dollarama et les fourre dans des lapins en peluche. Quelle ruse! Que d'ingéniosité!

Ces nombreux allers-retours entre le burlesque et le dramatique m'ont laissé perplexe: comment prendre au sérieux le rapt de Gloria quand toutes les scènes l'entourant flottent comme des bulles de champagne?

Vous verrez aussi dans cette deuxième saison que Julius (Alex Ivanovici) s'enfonce dans un bourbier épouvantable. Sa détresse ne nous atteint malheureusement pas, occultée par des blagues douteuses «les gosses d'Orlando grosses comme des citrouilles». Moyen.

Le premier épisode démêle les nombreuses ficelles qui n'ont pas été attachées dans la saison précédente. Eugénie apprend que - coucou! - son papa n'est pas mort. La découverte du manteau de Gerry, ses fausses funérailles, la disparition des 600 diamants importés, l'amour secret de Mathy (Marie Tifo): tout ça vous sera expliqué, parfois de façon laborieuse.

Un nouveau personnage - un bijoutier nommé Richard, une connaissance de Julius - sème la confusion: d'où sort-il celui-là? Quel lien entretient-il avec les trafiquants de pierres précieuses?

Au milieu du deuxième épisode, les aventures abracadabrantes avec les Koudous (rien à voir avec l'opérateur de sans-fil Koodo) se calment et les trois soeurs reprennent enfin leur souffle. La scénariste Estelle Bouchard lève aussi le voile sur les circonstances exactes de la mort (par électrocution) de Lorraine, la mère des trois soeurs Elliot. Qui a plongé la radio dans son bain et pourquoi?

Les trois interprètes principales (Julie Perreault, Sylvie Léonard et Isabel Richer) tiennent cette série à bout de bras, chacune apportant une couleur et une chaleur particulières à son personnage. J'adore le côté un peu coincé de Lauretta (Sylvie Léonard), qui songe à se convertir au judaïsme pour épouser son Julius.

Il manque encore quelques ingrédients de base aux Soeurs Elliot pour devenir une grande série. Un peu de finesse, de subtilité et de vraisemblance en rehausseraient le goût.

Des auditions décevantes

Le direct n'a pas bien servi, mais pas du tout, la première émission des Auditions de Star Académie, que TVA a diffusée lundi soir. D'abord, la nervosité de l'animateur Herby Moreau a transpiré jusque dans nos salons. Respire, Herby: c'est juste de la télé, soufflerait ton collègue André Robitaille.

À deux reprises, Herby Moreau a mal calculé son temps et, bang! une pub de fromage a interrompu son élan. À la toute fin, c'est le générique de fermeture qui lui a coupé le sifflet en plein milieu d'une phrase. Oups.

Ensuite, l'émission a été plombée par plusieurs problèmes de son. Certains micros ne fonctionnaient pas et le band jouait beaucoup trop fort, enterrant les candidats, surtout les filles. Toutes des défaillances techniques qui ont coulé l'ambiance «glamour et tapis rouge», que TVA essayait désespérément de mousser avant le début des Auditions.

À la table des trois juges, une formule empruntée à American Idol et Du talent à revendre, Marianik Giffard devra mieux soigner son français. Des phrases comme «j'ai peut-être restée accrochée à», ça ne passe pas très bien en ondes. Sinon, les interventions de Pierre Marchand ont été franches et pertinentes. Et Stéphane Laporte manie toujours aussi habilement les formules punchées.

En s'adressant au trio, Herby Moreau devrait nommer le premier juge à prendre le micro, ce qui éviterait bien des flottements et de la confusion. Du genre: «Et toi, Pierre, crois-tu que c'était qu'un rêve pour Valérie?» C'est ce que fait Ryan Seacrest à American Idol. Et ça fonctionne.

Autre source d'irritation: les pubs de 7 Jours et du cahier Week-end du Journal de Montréal, qui roulent entre deux tours de chant pour nous annoncer: «Tout ce que vous voulez savoir sur les candidats de Star Académie». Ah, la convergence.

Malgré les pépins, Les auditions de Star Académie ont attiré 1 441 000 téléspectateurs. À Radio-Canada, Les Parent n'ont pas trop écopé, perdant de peu leur précieux million (986 000). À 20h, L'auberge du chien noir (1 087 000) a battu la reprise d'Annie et ses hommes (898 000). Les nouveaux épisodes d'Annie débutent la semaine prochaine.

Photo: David Boily, La Presse

Sylvie Léonard, Isabel Richer et Julie Perreault tiennent la série Les soeurs Elliot 2 à bout de bras, chacune apportant une couleur et une chaleur particulières.