L'économie mondiale continue de toussailler à tous les vents, comme si un nouveau virus s'était répandu dans tout le système économique planétaire.

Jean Lemire LA PRESSE

Le virus boursier frappe de plein fouet et sans réserve. Et, c'est bien connu, les virus n'ont pas d'âme: ils attaquent les cellules sans restriction, affaiblissant au passage la vitalité de l'ensemble en agressant une à une les unités constituantes des individus.

 

Et les victimes sont nombreuses. Quand le Grand Système attaque, il ne montre aucune compassion et, surtout, aucun remords. Devant pareille pandémie économique, les financiers se transforment en médecins de fortune, cherchant les remèdes miracle pour contrer la propagation de la maladie financière.

On ne peut les blâmer de vouloir réagir pour sauver tant de patients qui souffrent, mais, dans leurs efforts de sauvegarde, ils en viennent trop souvent à oublier les conséquences de leurs actions à moyen ou à long terme.

En période de crise, nous n'en avons que pour l'actuel, le présent, sans souci véritable pour demain, et sans égard pour les autres aspects de ce que nous sommes qui dirigent et contrôlent la vie. En ce moment, partout sur cette planète, tout est à l'économie, au grand malheur des autres causes.

On ne propose des solutions aux problèmes de l'environnement que lorsque les affaires vont bien. «Normal, on s'attaque aux problèmes sérieux en premier», pensent nos dirigeants. Erreur de système ou de jugement? Car n'allez surtout pas penser que la crise financière ne touche que les finances. Que le problème n'est qu'économique ou monétaire.

Quand l'économie mondiale tousse, c'est tout un pan de nos vies qui est affecté, qui souffre de cette chronique maladie d'insouciance, qui s'exprime par l'environnement, la santé, l'humanitaire, la faim dans le monde et j'en passe.

Pour les grands argentiers, l'argent doit sauver l'argent d'abord. Pour les restes, les miettes, merci de présenter une demande. À n'en pas douter, l'erreur est donc liée au jugement.

La crise économique actuelle ne diffère pas beaucoup de la crise environnementale mondiale.

Nous vivons au-dessus de nos moyens et, un jour ou l'autre, il faudra bien payer le prix de notre insouciante boulimie. Les experts du Fonds mondial pour la nature (WWF) tirent déjà la sonnette d'alarme. Au rythme actuel de notre consommation, il faudra les ressources de deux planètes, d'ici 20 ans, pour simplement subvenir à nos besoins.

L'endettement environnemental doit cesser si nous voulons éviter une crise du crédit de la planète. Pas le crédit économique ou financier, mais bien l'emprunt environnemental déraisonné que nous accumulons sur le dos des générations futures.

La présente crise financière ne devrait-elle pas nous inspirer à ne pas reproduire les mêmes erreurs d'endettement? Ne devrait-elle pas inciter à des comportements de prévention plutôt qu'au simple sauvetage improvisé d'une autre crise appréhendée, beaucoup plus grave?

Pendant que l'on imprime des billets verts pour sauver un système financier à la dérive, que l'on va puiser directement dans les poches des petits pour sauver l'appétit boulimique des plus grands, on en vient à oublier les autres aspects fondamentaux de la vie. Parce que notre système économique actuel ne considère que la valeur des transactions à court terme, il est difficile de fixer le prix réel d'une vie, qu'elle soit animale, végétale ou humaine.

En période de crise économique mondiale, il n'y en a que pour l'économie dite réelle, celle qui s'exprime par la sempiternelle valeur économique.

Aujourd'hui, des experts en santé environnementale de la planète s'expriment haut et fort pour tenter de prévenir l'autre crise. Une crise mondiale qui ne pourra pas se régler en injectant simplement des centaines de milliards pour sauver un autre système en déroute. Car tout l'argent du monde n'arrivera pas à ressusciter ce qui n'est déjà plus. Il faut apprendre de l'échec des systèmes en place.

LA SCIENCE EN BREF

L'acidité des océans

Depuis la grande révolution industrielle, nous émettons de plus en plus de CO2 dans l'atmosphère. Ce CO2 est considéré comme l'un des principaux gaz à effet de serre responsables de la crise mondiale des changements climatiques. Les océans de la planète absorbent et emmagasinent une grande partie du CO2 de l'atmosphère, soit près du tiers de ce que nous produisons. Or, cette ingurgitation forcée de grandes quantités de CO2 transforme la chimie des océans, qui s'acidifient, menaçant ainsi la survie de plusieurs espèces marines. Les scientifiques appellent ce phénomène d'acidification des océans «l'autre crise du CO2». Ces changements importants de la chimie des océans pourraient affecter des millions de personnes qui dépendent des océans pour se nourrir. Selon Charles Miller, de la NASA, «l'augmentation importante des concentrations de CO2 dans les océans pourrait avoir un effet encore plus important sur la vie de cette planète que le problème du CO2 dans l'atmosphère, responsable de la crise des changements climatiques». Ce qui n'est pas peu dire...

Verdir pour une meilleure santé

Nos voisins du Sud sont aux prises avec un important problème d'obésité infantile. Le style de vie nord-américain entraîne une plus grande sédentarisation des populations, et les enfants n'échappent malheureusement pas à ce phénomène de société. Selon l'Institut américain de médecine, au cours des 30 dernières années, l'obésité a doublé chez les enfants américains âgés de 2 à 5 ans et de 12 à 19 ans. Pire, il a triplé chez les jeunes âgés de 6 à 11 ans, entraînant des problèmes de santé publique, comme le diabète de type 2, l'asthme, l'hypertension, l'apnée du sommeil ou même la détresse émotionnelle. Une équipe de chercheurs vient toutefois de prouver que les espaces verts situés à proximité des résidences pourraient avoir un effet positif sur le poids des enfants. Ils ont étudié plus de 3800 jeunes citadins et leur milieu de vie. Leurs résultats montrent que, peu importe la densité de population, les jeunes qui bénéficient de verdure dans leur entourage immédiat sont moins sujets à gagner du poids, ce qui, à long terme, pourrait réduire les risques d'obésité, et donc certains problèmes de santé. «Il faut les envoyer jouer dehors!» disent les spécialistes de la santé. Ils encouragent donc le verdissement des villes pour combattre les problèmes d'obésité.

L'auteur est biologiste, photographe et cinéaste. Il a été chef de trois missions à bord du voilier Sedna IV, dont la plus récente en Antarctique. Il signe tous les dimanches une chronique dans nos pages.