Depuis 20 ans, les politiciens républicains sont à l'avant-garde d'une guerre morale contre des trucs très, très, très privés. L'union civile des couples gais. La vie sexuelle des ados. Et l'avortement, bien sûr. Surtout l'avortement. Tout ça au nom de Jésus.

Mis à jour le 3 sept. 2008
Patrick Lagacé

Ils sont contre tous ces péchés. Parce que la «base» est contre. La base? La droite chrétienne. Les évangéliques. Ils ont trouvé leur parti: celui de Reagan, des Bush, de McCain. Oui, Jésus est membre du GOP.

Depuis 20 ans, ils utilisent l'État pour faire avancer leur programme antiavortement, antidarwiniste, antigai, anticul-sous-toutes-ses-formes.

Cette guerre fait rage sur plusieurs fronts. Les plus visibles: à la Maison-Blanche, au niveau fédéral. Les armes? Le non-financement, par Washington, des prometteuses recherches sur les cellules souches. Le financement d'organismes de développement international de type «faith-based».

Mais la guerre compte plusieurs petits fronts, moins visibles. Les commissions scolaires, par exemple. Certaines sont noyautées par des chrétiens républicains. Ça donne des écoles où il faut enseigner le créationnisme, cette fable selon laquelle le monde fut créé en sept jours par un barbu bienveillant. Écoles où on ne peut pas parler de condoms...

L'ultime rêve mouillé des born-again engagés dans le Parti républicain? Placer suffisamment de juges conservateurs à la Cour suprême pour renverser enfin, après 35 ans, l'arrêt Roe c. Wade qui a légalisé l'avortement.

Ce week-end, j'ai regardé le documentaire Jesus Camp, finaliste aux Oscars en 2007, à la suggestion d'un lecteur. C'est l'histoire d'un camp d'été où on endoctrine les enfants, préados, de fondamentalistes chrétiens, dans le Dakota-du-Nord. Où on leur apprend à être des soldats du Christ.

On y voit des enfants se faire laver le cerveau sur le caractère diabolique de l'avortement. Ces enfants sont envoyés à Washington, devant la Cour suprême, pour manifester contre l'avortement. On leur fait détruire à coups de marteau des tasses de café marquées du mot GOVERNMENT. On les incite à prier pour que Bush nomme un juge conservateur à la Cour suprême.

La preacher qui gère ce Jesus Camp dit aux enfants: «Prenez ces prophéties et faites ce que l'apôtre Paul a dit de faire avec elles: la guerre...»

Le parti de ces crinqués de Dieu? Le GOP. On voit d'ailleurs, dans Jesus Camp, les enfants prier devant la reproduction cartonnée, grandeur nature, de W. Bush...

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Ça ne veut pas dire que tous les politiciens républicains sont des fous de Jésus. McCain, par exemple, n'est pas le favori de la droite religieuse. Trop mou à leur goût. Trop ambivalent sur l'avortement. Mais même McCain fait sa génuflexion devant eux.

C'est pour eux que McCain a sélectionné cette inconnue de l'Alaska comme colistière. Sarah Palin fait vibrer la droite religieuse. Antiavortement, pro-abstinence pour les ados, très en faveur de Dieu, partout, même dans l'État.

Puis, boum, arrive la vie dans ce ticket républicain. La vie, oui. Sous la forme de cette nouvelle: la fille de Mme Palin, Bristol, 17 ans, est enceinte.

Et comment Bristol est-elle tombée enceinte? Malheureusement pour sa candidate de mère, pas par l'opération du Saint-Esprit. Par une bonne vieille séance de jogging horizontal à deux, avec un joueur de hockey de 18 ans du nom de Levi. La vie, quoi.

La vie? Pas le bébé, le désir, je veux dire...

Bref, Mme Palin fait partie de ces politiciens qui veulent mettre le nez gluant de la morale dans la chambre à coucher des gens. En utilisant l'État, du conseil scolaire à la Cour suprême.

Mais dans sa propre maison, sa fille succombe à l'appel de la chair. Et, oups, va avoir un bébé. En cela, cette pauvre Bristol trahit les préceptes de sa mère, deux fois plutôt qu'une: elle n'adhère pas à l'abstinence comme moyen de contraception (le seul qui soit sûr à 100%, selon les Palin de ce monde) et elle fait des guili-guilis hors des liens sacrés -SACRÉS- du mariage.

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Alors, c'est forcé, les sourcils se mettent en mode accent circonflexe. Les journalistes posent des questions. Et Dieu qu'il y a des questions à poser.

Pas à la petite Bristol. À sa mère. Cette histoire est formidable car elle met en lumière la position intenable des petits pasteurs du GOP sur l'appel de la nature et sur la moralité qu'ils veulent imposer. Formidable parce que Mme Palin veut imposer à la nation ce qu'elle est incapable d'imposer à l'aînée de ses filles.

Que disent les amis de Jésus, de la Maison-Blanche à l'organisation de John McCain?

«C'est une affaire privée.»

Ben oui!

Le hic, c'est que les amis de Dieu qui militent au Parti républicain mettent la chose publique dans la vie privée des gens, sans vergogne. Vie privée qu'ils souhaitent purifier, javelliser, nettoyer, dans le feu de la parole de Dieu...

Dans Jesus Camp, la caméra se pose sur un preacher, Ted Haggard, président de la National Evangelical Association, qui regroupe 45 000 églises de 60 dénominations chrétiennes. Haggard y jase avec un petit soldat de Dieu (qui s'appelle Levi!), puis décrète, avec son sourire Crest: «La Bible est la parole de Dieu. Nous n'avons pas à débattre ce que nous pensons de l'activité homosexuelle: c'est écrit dans la Bible.»

Deux mois après la sortie de Jesus Camp, Haggard a démissionné.

Son péché: s'être fait prendre dans les bras d'un prostitué gai.

C'est ce qui est chouette, avec les amis républicains de Jésus. La vie finit toujours par les rattraper.