Rien n'est plus troublant dans le conflit entre Québec et les étudiants que la banalisation et l'exploitation de la violence par plusieurs acteurs et commentateurs.

André Pratte LA PRESSE

La banalisation, d'abord, par tous ceux qui, tout en le déplorant, excusent le vandalisme systématique en invoquant l'attitude du gouvernement. Or, répétons-le: rien dans la situation actuelle ne justifie quelque acte de violence que ce soit. On peut penser que la hausse des droits de scolarité est excessive et que le gouvernement Charest aurait dû entreprendre plus tôt des négociations avec les représentants étudiants. Cependant, ces faits sont loin d'être assez graves pour qu'on justifie ou cautionne les actes violents. Les étudiants ont d'autres moyens de se faire entendre que de casser des vitrines. Et s'ils trouvent que le gouvernement actuel n'est pas assez sensible à leurs demandes, qu'ils se mobilisent pour le battre aux prochaines élections!

Banalisation aussi par ceux qui accusent le gouvernement lui-même d'être «violent». Une représentante étudiante a parlé hier de la «violence économique» que constituerait l'augmentation des droits de scolarité. Une hausse, rappelons-le, qui est en partie compensée par une amélioration de l'aide financière et à l'issue de laquelle les étudiants d'ici resteront les plus choyés en Amérique du Nord.

Ceux qui exploitent la violence commettent un crime moral plus grave. Au premier rang de ceux-là se trouvent les groupes étudiants radicaux, regroupés dans la CLASSE. Même s'ils ne pratiquent pas tous le vandalisme, ils l'encouragent en créant les conditions favorables aux casseurs, par exemple en refusant de fournir à la police le trajet de leurs défilés et en organisant des manifestations la nuit. Les gens qui veulent manifester pacifiquement devraient tout simplement se tenir loin de ce type d'événements.

Les partis politiques cherchent aussi à tirer profit de l'inquiétude que suscite le désordre dans la population. Le PQ a beau dénoncer la violence, du même souffle il l'excuse en faisant porter la responsabilité ultime de ces gestes sur le gouvernement. Encore une fois, peu importe la façon dont Québec gère cette situation, il n'y a aucune - AUCUNE - raison justifiant le vandalisme.

Parce que la hausse des droits de scolarité est nécessaire, le gouvernement Charest a eu raison de faire preuve de fermeté. Cependant, l'expulsion des représentants de la CLASSE de la table de négociation - même s'ils y étaient, le gouvernement pourrait fort bien ignorer leurs demandes - suscite un doute: si les libéraux voyaient un intérêt partisan dans la prolongation de la crise?

L'exploitation et la banalisation de la violence pourraient avoir des effets néfastes dans l'avenir. La violence pourrait venir à être perçue comme un moyen de pression comme les autres. La fréquence des émeutes et le niveau de violence pourraient graduellement augmenter. Qui peut dire alors où s'arrêterait ce cercle vicieux? Qu'arrivera-t-il si, une nuit, il y a des morts?