La désobéissance civile est un concept qui a été maintes fois évoqué dans le cadre du conflit étudiant, par les leaders du mouvement et par les autorités gouvernementales. Les premiers ont plaidé sa nécessité, les secondes ont condamné tout acte de ce type.

Publié le 26 avr. 2012
Mario Roy LA PRESSE

Hier, la ministre Line Beauchamp a exclu la CLASSE du processus de négociation après que la désobéissance civile se soit, malgré la trêve, transformée en émeute, la veille. Puis en sabotage des lignes de métro, en matinée. Dans les heures qui ont suivi et jusqu'à tard, hier soir, la «rue» a à nouveau... désobéi.

Or, l'affaire est importante: Nadeau-Dubois fait de la désobéissance civile la base d'un mouvement qui emportera tout le Québec.

Au 52e jour du boycott, il a en effet situé le «sens de notre grève dans la durée. Dans la poursuite, demain, de la désobéissance». Prononçant cette allocution (dont on trouvera ci-contre de large extraits), le leader de la CLASSE a utilisé des termes - la révolte, la contestation radicale, les opprimés, le peuple, la multitude - sans équivoque. Son envolée était lyrique. N'y manquait que le mot «révolution».

L'expression «l'avoir sur le bout de langue» prend ici un tout nouveau sens.

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On peut se moquer, bien sûr: on a mille fois entendu cette sorte de dithyrambe lors de chicanes syndicales de cafétéria ou de buanderie, de jours de vacances ou de listes d'ancienneté.

Mais ne sous-estimons pas Gabriel Nadeau-Dubois. Sorti de nulle part, il tient tête avec succès à l'État québécois. Et ce, notamment en jouant la carte de la désobéissance civile, ce qui évoque Thoreau, Gandhi, Luther King... et José Bové, lequel l'a définie comme une «respiration de la démocratie».

Bové (ni Jean Charest ni Stephen Harper) a d'ailleurs lui-même assigné six obligations à l'usager de cette stratégie. Or, Nadeau-Dubois et la CLASSE n'en respectent qu'une, celle qui inscrit la désobéissance civile dans un projet social plus large: bravo, ce projet existe, on vient de le voir!

Et les cinq autres?

Un, la non violence: il serait naïf de croire que la brutalité de la rue n'entre pas dans les calculs de la CLASSE, à supposer qu'elle n'y soit pour rien. Deux, la lutte à visière levée: le masque est devenu l'objet-fétiche des étudiants radicaux. Trois, l'acceptation des conséquences: Nadeau-Dubois se «dissocie» sans arrêt de tout ce qui peut lui nuire. Quatre, le geste désintéressé: les étudiants se battent pour du fric. Cinq, le recours ultime dans une situation désespérée: le Québec en est-il vraiment arrivé là?

Non. Mais arrivé à une situation intenable, oui.

Le gouvernement Charest doit négocier avec les deux autres associations étudiantes, qui doivent pour leur part se dissocier de la CLASSE et y consentir. Et il doit réprimer résolument la violence avec tous les moyens, surtout d'enquête, dont la justice dispose.

La révolution, elle, peut attendre.