Dans l'entrevue qu'il a accordée à la BBC, l'ancien chef libéral, Michael Ignatieff, avance deux raisons pour lesquelles, selon lui, l'indépendance du Québec et celle de l'Écosse sont, «éventuellement», inévitables.

André Pratte LA PRESSE

En premier lieu, les pressions nationalistes amènent le gouvernement central (Ottawa, Londres) à céder de plus en plus de pouvoirs aux gouvernements régionaux (Québec, Édimbourg). Au Canada, fait remarquer M. Ignatieff, «le Québec est essentiellement maître chez lui».

En second lieu, depuis le référendum de 1995, les Québécois francophones et les autres Canadiens sont de plus en plus indifférents les uns aux autres: «Nous n'avons plus rien à nous dire. Il y a une sorte de contrat d'indifférence mutuelle».

Sur ces deux aspects de la question, les propos de M. Ignatieff sont incontestables. Le Québec est aujourd'hui plus autonome que jamais et il existe bel et bien entre les deux peuples fondateurs une absence de dialogue. Le premier fait n'a rien d'inquiétant; il s'inscrit dans la logique du fédéralisme asymétrique. La seconde donnée est plus préoccupante: si les Québécois ne s'intéressent plus au Canada, s'ils participent moins à ses institutions, ils le connaîtront moins, ils y seront moins attachés et leur influence dans son évolution diminuera. Pendant ce temps, beaucoup de Canadiens anglais ne veulent tout simplement plus entendre parler de la question québécoise. Une telle situation ne peut que fragiliser la fédération.

Cela dit, une majorité de Québécois continue de croire que l'appartenance au Canada est avantageuse. Plusieurs fédéralistes, dont nous sommes, souhaiteraient que l'adhésion des Québécois soit plus enthousiaste. Mais il ne faut pas oublier que dès sa création en 1867, la Confédération fut vue par ses promoteurs canadiens-français comme une solution pragmatique aux problèmes politiques et économiques de l'époque. Depuis ce temps, le Canada a connu de nombreuses crises et, malgré certaines frustrations, les Québécois ont toujours conclu qu'il était dans leur intérêt de continuer à faire partie de la fédération.

Les souverainistes se sont réjouis hier du constat fait par M. Ignatieff. Cette petite nouvelle a fait chez eux l'effet d'un baume, le jour même où était publié un sondage CROP-La Presse selon lequel l'appui à l'indépendance est à son plus bas (36%). La chef du Parti québécois, Pauline Marois, martèle que sous la gouverne de Stephen Harper, le reste du Canada se développe sans se préoccuper du Québec; les Québécois auraient donc tout avantage à se séparer. Cette analyse néglige plusieurs données qui vont en sens contraire. Par exemple le fait que selon le sondage CROP, l'engouement pour le NPD, un parti fédéraliste, n'a pas diminué. Le fait aussi que le reste du Canada ne se dirige pas en bloc vers la droite, comme en témoigne la victoire convaincante lundi en Alberta d'Alison Redford, une conservatrice modérée.