Ce matin s'ouvre le Salon Plan Nord, organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Il n'attirera pas que des gens d'affaires. Des étudiants militants seront aussi au rendez-vous, notamment parce que Jean Charest y prendra la parole.

Publié le 20 avr. 2012
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Parce que le Plan Nord est étroitement associé à la personne du premier ministre, il est devenu un lieu de convergence des oppositions au gouvernement libéral. Un gouvernement impopulaire qui n'inspire pas la confiance nécessaire pour dissiper les inquiétudes qu'un tel projet peut susciter - environnement, redevances, craintes de l'industrie minière, probité dans l'attribution des contrats publics. Cette méfiance, légitime, ne permet pas de dire n'importe quoi.

On a eu un bel exemple de dérapage le mois dernier avec la publication de deux études sur l'impact économique du Plan Nord. Celle de SECOR évaluait ses retombées à 149,9 milliards. Celle de l'IRIS disait plutôt que le gouvernement Charest perdrait deux milliards dans l'opération. Le problème, c'est que l'étude de l'IRIS était un véritable torchon, truffée d'erreurs méthodologiques grossières, dont les conclusions ne tiennent pas la route. Mais elle a quand même eu droit à un traitement royal, la une du Devoir, une généreuse couverture médiatique.

Pourquoi? En partie à cause d'une culture médiatique qui aime bien les débats musclés, souvent entre un point de vue dit de droite et un autre dit de gauche. Le problème, c'est qu'au nom de la diversité, et pour satisfaire les exigences de l'information-spectacle, on sombre dans le relativisme scientifique où tous les points de vue se valent.

Il est clair que les deux études étaient colorées. SECOR est un cabinet de consultants économiques proche des entreprises, qui favorisera naturellement la logique du développement. L'Institut de recherche et d'information socio-économiques est un groupe de recherche progressiste qui n'est pas du côté du gouvernement Charest et des minières.

L'étude de SECOR est une démarche classique de calcul de retombées. Elle mesure l'ensemble de l'activité économique que généreraient d'importants investissements miniers - production, emplois, besoins manufacturiers. Une valeur ajoutée qu'elle chiffre à 149,9 milliards sur 25 ans, soit 1,9% du PIB. Ce n'est pas parole d'Évangile, mais plutôt un ordre de grandeur. Il repose sur l'hypothèse que les investissements miniers seront au rendez-vous, ce qui n'est pas évident quand on connaît le caractère cyclique de cette industrie.

Si cette première étude a des faiblesses, l'autre, celle de l'IRIS, était impubliable. Elle compare les revenus fiscaux que procurerait le Plan Nord, évalués à 14,2 milliards sur 25 ans, avec les investissements publics qu'il nécessiterait, qu'elle fixe à 16,5 milliards. D'où le trou de 2,3 milliards qui a fait les manchettes.

La démarche compte deux graves erreurs. La première, c'est qu'elle gonfle de façon fantaisiste les dépenses de Québec. Depuis le début, le gouvernement Charest évalue le Plan Nord à 80 milliards: 47 milliards en investissements d'Hydro, 30 milliards en investissements privés, et 3 milliards en investissements gouvernementaux.

L'IRIS affirme que les investissements privés ne dépasseront pas 15 milliards et que les dépenses gouvernementales ne seront pas de trois milliards, mais plutôt de 16,5, 19,8 ou même 23,1 milliards, selon trois scénarios. Où prend-il ses chiffres? Pas clair. Mais en gonflant les dépenses gouvernementales, l'IRIS peut facilement conclure que ça coûtera cher à l'État!

L'autre erreur, c'est de tenir compte des revenus fiscaux des investissements, mais pas des impacts de 15, 20 ou 25 ans de production. Les conclusions n'ont donc aucune valeur, mais elles ont eu droit à une large diffusion.

On peut exprimer des craintes à l'égard du Plan Nord. Mais il ne faut pas oublier que le développement des ressources du nord aura un fort impact économique, y compris pour la métropole.