Le conflit des droits de scolarité est dans son dernier droit. Dans cette épreuve de force, c'est le gouvernement Charest qui a le gros bout du bâton. La carte de la fermeté qu'il a jouée depuis le début du conflit a été payante pour lui. Pourquoi accepterait-il de négocier maintenant?

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Ce ne serait pas souhaitable sur le fond, selon moi, parce que je crois que la hausse des droits est une bonne initiative. Mais au plan purement politique, on voit mal pourquoi le gouvernement libéral lâcherait du lest quand il est si près du but, et quand il sait qu'il marquera encore plus de points s'il va jusqu'au bout. D'autant plus que le temps joue en sa faveur.

Notre sondage CROP montrait que 61% des Québécois appuyaient la hausse des droits. Il indiquait également que 61% d'entre eux souhaitaient toutefois que le gouvernement négocie avec les étudiants. Mais quoi? À peine 17% proposaient une réduction des hausses qui font l'objet du conflit. Les gens ne voulaient pas que le gouvernement recule, mais qu'il mette fin au conflit. Nous sommes rendus à un stade où la façon la plus évidente d'y parvenir, c'est de favoriser le retour en classe.

La fatigue et l'énorme pression qu'exerce la peur de perdre la session commencent à faire leur oeuvre. Et cela se manifeste par des divisions étudiantes au sein du mouvement, par le fait que la majorité silencieuse commence à s'exprimer ou que les directions d'établissement sont moins passives.

Et tout cela a pour effet de polariser le mouvement étudiant, d'en radicaliser certains éléments. On voit le résultat, des échauffourées, des actions où le jupon anticapitaliste des plus militants commence à dépasser, d'autres qui briment les droits d'étudiants, comme les militants de Montréal qui ont débarqué hier à Valleyfield pour empêcher la reprise des cours au cégep. Ou encore des appuis qui ne font rien pour régénérer le mouvement - je pense à Marc Laviolette, ancien président de la CSN.

Ces sursauts militants ont un effet pervers dans l'opinion publique. Pendant les premières semaines, le mouvement étudiant a profité d'un élan de sympathie grâce à ses actions imaginatives et télévisuelles, ses leaders articulés et créatifs, l'énergie et la passion de la jeunesse.

Cela mérite une parenthèse. Le paternalisme des adultes plus âgés joue dans les deux sens. On a accusé le gouvernement Charest de paternalisme à cause de son refus de négocier. Mais on oublie que le fait d'être ému ou stimulé par la lutte étudiante est souvent une expression de la même attitude.

Toujours est-il que ce genre de sympathie est éphémère, comme le succès médiatique. Et c'est ce que j'appellerais le syndrome du chaton: l'animal, si mignon quand il est tout petit, le devient beaucoup moins quand il se transforme en matou.

Il arrive un moment où les gens se tannent et cessent de trouver les actions étudiantes sympathiques. Nous en sommes là. Les gens toléraient qu'on bloque le pont Jacques- Cartier une fois, mais le capital de sympathie finit par fondre quand ils en ont assez des perturbations. Et ce ras-le-bol donne d'autant plus des appuis de plus au gouvernement libéral que l'opposition péquiste a encouragé le mouvement étudiant.

Assez pour que les libéraux en profitent pour déclencher des élections? Évidemment pas. L'enjeu est trop circonscrit. Et le premier ministre Charest, s'il faisait campagne au printemps, serait talonné, heure après heure, par des étudiants au carré rouge. Mais la fermeté qu'il a manifestée dans ce dossier pourrait à tout le moins contribuer à réduire son taux d'impopularité écrasant. Il en a bien besoin.