À entendre les leaders étudiants, leurs sympathisants, les médias et les partis d'opposition, le Québec traverse ces jours-ci une grave crise sociale. Il n'en est rien.

André Pratte LA PRESSE

Certes, le tiers des étudiants de cégep et d'université font l'école buissonnière et une infime minorité d'entre eux manifestent bruyamment chaque jour. Mais cette «crise» ne fait pas de victimes, outre les étudiants qui préféreraient étudier. «Le centre-ville paralysé», titrait mercredi une chaîne de télévision. Les 250 000 personnes travaillant quotidiennement au centre-ville de la métropole ont dû être bien surprises d'apprendre cela; ce n'est pas parce que l'entrée d'un édifice est bloquée pendant une heure que «le centre-ville est paralysé».

Depuis que la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a demandé aux cégeps et universités de faire en sorte que les cours soient donnés, leaders étudiants et journalistes parlent d'un «retour en classe forcé». Forcé? La police a-t-elle poussé les étudiants dans les classes? Qui force qui? La seule «force» dont on puisse parler ici, c'est le piquetage serré qu'emploient les militants - parfois dépêchés d'ailleurs comme ce fut le cas hier au Cégep de Valleyfield - pour empêcher les étudiants qui le souhaitent d'aller à leurs cours.

Commentateurs et politiciens hostiles aux libéraux accusent le gouvernement d'intransigeance et le pressent de négocier avec les étudiants. Même la Coalition avenir Québec demande au gouvernement de plier. Cette même CAQ qui prétend qu'au pouvoir, elle oserait affronter les puissants syndicats des médecins et des enseignants!

Depuis le début du boycott, une seule des deux parties a fait un compromis; c'est le gouvernement, qui a apporté des améliorations supplémentaires au régime de prêts et bourses. Les associations étudiantes en sont encore à leur position initiale, le gel éternel. Cela étant, qu'y a-t-il à négocier? Et avec qui? Avec les grévistes ou avec les 300 000 étudiants - de loin la majorité - qui assistent à leurs cours et préparent leurs examens?

Si le gouvernement Charest devait suivre les conseils de la gauche et des pâtes molles qui, tout en étant d'accord avec la hausse des droits de scolarité, tremblent à la vue de la «crise», il n'y aurait plus moyen d'apporter quelque réforme que ce soit au Québec. Sauf les changements bénis par la Sainte Trinité PQ-syndicats-artistes.

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Les universités ontariennes ont annoncé hier qu'elles ont reçu ce printemps 521 000 demandes d'admission au baccalauréat. C'est 9% de plus qu'il y a cinq ans. Or, au cours de la même période, les droits de scolarité en Ontario ont augmenté de 23%, pour atteindre 6640$, 3000$ de plus que ce qu'ils seront au Québec en 2016. Une indication de plus que les hausses des droits, à moins d'être carrément déraisonnables, ne nuisent pas à l'accessibilité des études universitaires.