Avant même le signal de départ officiel de la présente course à la direction du NPD, l'automne dernier, Brian Topp disait craindre les effets négatifs d'une très longue campagne, qui prendra fin en mars.

Vincent Marissal LA PRESSE

M. Topp, stratège politique d'expérience, avait bien raison de s'inquiéter des risques d'une campagne de près de six mois.

Difficile de maintenir le rythme et l'intérêt pendant une si longue période. Il faut partir en force pour donner l'impression d'être le favori, mais aussi se garder des munitions pour ne pas plafonner.

Brian Topp a connu un bon départ, recevant notamment l'appui d'Ed Broadbent et de Roy Romanow, mais sa campagne semble s'être essoufflée depuis le retour de la pause des Fêtes. Hier, il a annoncé un premier appui en deux semaines, soit... la mère de Jack Layton. Au NPD, ça reste dans la famille et autour du souvenir de Jack, surtout pour M. Topp, qui a beaucoup insisté sur ses relations quasi filiales avec le défunt chef.

Endeuillés, orphelins même, et profondément marqués par le message d'espoir de Jack Layton, les candidats à sa succession ont décidé de mener des campagnes positives. Tout le monde est pour l'harmonie, mais il est difficile d'organiser des débats intéressants lorsque tous les participants sont d'accord! Évidemment, il n'est pas nécessaire que les débats tournent en bain de sang, mais lorsque tout le monde garde le pied sur le frein, ça ne fait pas une course très palpitante.

Le recrutement s'en ressent, d'ailleurs, surtout au Québec, où se trouvent 58 des 101 députés orange. Selon des chiffres non officiels (la période de recrutement se termine samedi), le nombre total de membres au pays serait passé de 90 000 à 110 000, ce qui confirme le peu d'intérêt.

Le débat de dimanche, à Québec, a donné lieu à quelques échanges plus costauds entre Brian Topp et Thomas Mulcair, en plus de démontrer les limites en français de Paul Dewar, mais dans l'ensemble, c'était très, très poli.

Des sources au sein du NPD racontent que le plan de match initial de Brian Topp prévoyait des attaques et des critiques cinglantes contre Thomas Mulcair, mais que son entourage, inquiet de l'effet boomerang, lui a conseillé de ranger les armes.

Thomas Mulcair, quant à lui, est reconnu comme un politicien flamboyant et combattif, mais il a décidé de ne pas jeter les gants.

On commence, ces jours-ci, à sentir un peu plus d'agitation dans cette course qui n'a pas permis au NPD de maintenir sa lancée du printemps 2011, qui a même eu l'effet contraire.

Hier, le candidat Paul Dewar a diffusé un sondage interne indiquant que Thomas Mulcair serait premier dans les intentions de vote des membres du NPD alors que Brian Topp serait cinquième, des chiffres immédiatement réfutés par le clan Topp.

Un candidat s'est retiré (Roméo Saganash), suscitant la convoitise des autres aspirants et une autre (Nikki Ashton) devrait passer dans le camp Mulcair, dit-on à Ottawa.

Enfin, dans une entrevue au Toronto Star, la fin de semaine dernière, M. Mulcair a répété que le NPD doit se moderniser et viser une plus large clientèle. Il s'est dit favorable à l'exploitation des sables bitumineux, contre une hausse des impôts et pro-libres-échanges, ce qui est plus que suffisant pour le transformer en antéchrist aux yeux de l'establishment néo-démocrate. Il reste à voir si les membres partagent l'orthodoxie de cet establishment. Il reste à voir si les membres voient en Thomas Mulcair une menace aux valeurs néo-démocrates, ce que lui reprochent ses adversaires.

Même si Thomas Mulcair a multiplié les annonces d'appui de centrales syndicales (dont les Travailleurs et travailleuses unis de l'alimentation et du commerce (TUAC Canada), la semaine dernière), ses détracteurs l'accusent encore d'être antisyndicat.

Pour bien des vétérans néo-démocrates, Thomas Mulcair reste un outsider un peu louche, mais à le voir débattre, faire campagne, énoncer son programme, il saute aux yeux qu'il est, de loin, le meilleur politicien du groupe. Le seul capable de passer au Québec et le plus redoutable chef de l'opposition, prêt, contrairement à M. Topp, à siéger le lendemain de son accession à la tête du NPD.

Le principal handicap de M. Mulcair est le faible recrutement dans sa propre province, un signe évident de désintérêt des Québécois envers le NPD, en plus de le priver de votes cruciaux en mars.

Ses adversaires, Brian Topp en tête, lui reprochent de vouloir tirer le NPD vers le centre. Curieuse critique venant du principal stratège de Jack Layton, qui a justement renouvelé le NPD en l'amenant au centre, la zone de confort traditionnelle des électeurs.

Les conservateurs, eux, doivent faire brûler des lampions pour que Brian Topp gagne cette course.

Imaginez l'aubaine pour Stephen Harper: un adversaire politique qui promet de substantielles augmentations d'impôts! En plus, les nombreux débats entre aspirants-chefs au NPD ont fourni aux conservateurs plein de déclarations qu'ils pourront extraire et mettre dans leurs prochaines publicités, comme ils l'ont fait contre les libéraux.