Pour qui oeuvre en politique, le sens de ce qu'on appelle le timing est une qualité essentielle. Un peu comme chez les comiques. Or, sans vouloir ajouter à la fureur réprobatrice qui s'abat sur le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, il faut bien constater que ses propos controversés ne pouvaient pas tomber plus mal. La Semaine nationale de prévention du suicide débute en effet ce week-end...

Publié le 3 févr. 2012
Mario Roy LA PRESSE

Inviter à ce moment-ci les criminels à contempler cet acte définitif a donc été vu comme une sorte de sabotage. La déclaration du sénateur, estime ainsi l'Association québécoise de prévention du suicide, «va à contresens des efforts fournis depuis de nombreuses années par le réseau de la prévention du suicide».

De fait, l'intervention psychosociale en ce domaine est un travail ardu et ingrat.

Les médias répugnent à parler de suicide. Les statistiques sont difficiles à récolter - et parfois contestées. Ainsi, en 2009, on a enregistré 1068 suicides au Québec, en écrasante majorité des hommes (les chiffres provisoires pour 2010 devraient être connus sous peu). En a-t-on beaucoup parlé? Et imagine-t-on la dimension des campagnes de prévention que l'État lancerait si les accidents de la route, les accidents de travail ou le crime (respectivement 487, 94 et 84 morts en 2010) faisaient autant de victimes?

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La campagne veut répandre l'idée que «le suicide n'est pas une option», selon le slogan adopté.

Il faut en effet développer d'autres options pour les candidats au suicide qui, disent les psychologues, passent aux actes lorsqu'ils concluent que seule la mort peut mettre fin à leur souffrance, quelle qu'elle soit. Chaque cas est unique, bien entendu, et convaincre que le suicide «n'est pas une option» demande des interventions adaptées à chacun.

Or, les statistiques indiquent que, dans le contexte d'une légère diminution du nombre de suicides, les hommes âgés de plus de 50 ans demeurent à risque de façon particulière. Chez les plus vieux, lorsqu'apparaît la maladie, la peur d'une mort indigne, douloureuse et dégradante constituerait un important incitatif au suicide. «Pour plusieurs, le suicide est la seule option. Une autre option s'en vient, heureusement. C'est l'aide médicale active à mourir, balisée et contrôlée», dit Yvon Bureau, un des piliers du collectif Mourir digne et libre.

Celui-ci a déposé, il y a un an, l'un des quelque 300 mémoires reçus par la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité. Ce qui témoigne de l'intérêt que la question soulève chez les Québécois, dont 71% seraient en faveur de la légalisation de l'euthanasie (Léger Marketing/Le Devoir). Après un long délibéré, les recommandations de la Commission devraient être connues ce mois-ci.

Espérons que, justement, elles autoriseront une autre option face à la mort: celle du respect et de la compassion.