Duceppe: out. Autres aspirants potentiels: faibles. Caucus: maîtrisé. Fronde des militants: désorganisée. Contestataires: en déroute.

Vincent Marissal LA PRESSE

À première vue, la dernière fin de semaine n'a pas été mauvaise pour Pauline Marois. Il s'agit même de sa meilleure période depuis des lunes.

Les choses vont tellement bien pour elle (enfin, tout est relatif - en fait, ça va moins mal) que son entourage et ses partisans entretiennent depuis quelques jours l'idée que son impressionnante ténacité, sa résilience et sa force de caractère inébranlables lui vaudront l'admiration et le soutien des Québécois.

Vrai, Mme Marois a montré un cran impressionnant dans les derniers mois et elle est retombée, pour le moment, sur ses pieds. Mais croire qu'elle est maintenant sur la route d'une irrésistible remontée dans l'électorat grâce à son obstination est un tantinet exagéré et passablement naïf.

Pour la petite histoire, les péquistes devraient se rappeler que d'autres chefs avant Mme Marois ont dû mater leur propre parti avant d'affronter l'électorat (le dernier en date étant André Boisclair), ce qui ne les a pas empêchés de subir de lourdes défaites.

Les électeurs apprécient très certainement l'acharnement à défendre une cause et la force de caractère de leurs leaders politiques, mais ils détestent aussi la «chicane», un terme générique pour lequel le PQ pourrait revendiquer des droits de propriété intellectuelle.

Pauline Marois est forte, certes, mais elle ne mène pas ses combats contre ses adversaires; elle tente plutôt, tant bien que mal, de survivre dans son propre parti. Jean Charest aussi est un survivant, mais il affronte les éléments extérieurs, pas les tempêtes internes.

J'ai toujours eu beaucoup de respect pour l'engagement de Mme Marois (qui ne l'a pas facile et qui pourrait fort bien vivre sans la politique) et j'ai souvent noté qu'on l'attaquait pour toutes sortes de mauvaises raisons (parce qu'elle est une femme, parce qu'elle est riche, parce qu'elle est trop élégante, parce qu'elle ne parle pas assez de souveraineté...), mais il subsiste tout de même un problème fondamental: Pauline Marois ne «passe» pas dans l'électorat, et elle a assisté, impuissante, à de nombreux et coûteux départs au sein de son parti et de son caucus depuis quelques années.

Notre plus récent sondage CROP indique une légère remontée du PQ (dans la marge d'erreur). Mais à la question «qui ferait le meilleur premier ministre?», Pauline Marois stagne à 11%. Par ailleurs, 65% des Québécois pensent qu'elle devrait laisser son poste. Notons toutefois que ce sondage a été réalisé avant l'«affaire» qui a éclaboussé Gilles Duceppe, perçu encore récemment comme la solution de rechange tout indiquée à Mme Marois. La chef du PQ peut donc souffler jusqu'aux prochains sondages. Cela dit, le PQ a bel et bien perdu 16 points dans les intentions de vote depuis un an (de 37% à 21%), ce qui, malgré l'embellie pour sa chef, représente une tendance aussi lourde que déprimante.

L'espoir du PQ (parce qu'il y en a un) réside peut-être, dans ce sondage, dans le retour de la volatilité de l'électorat. Remarquez, Jean Charest aussi peut y trouver son bonheur.

On parle beaucoup des malheurs du PQ depuis des mois, mais il reste que la CAQ de François Legault a perdu huit points depuis un mois (de 39% à 31%). Le Parti libéral étant relativement stable, une campagne printanière donnerait lieu à bien des luttes à trois au résultat imprévisible.

Duceppe: déchéance et règlement de compte

Évidemment, les malheurs de Gilles Duceppe ne peuvent qu'aider Pauline Marois, quoi qu'elle en dise.

Il n'y a pas que le SPVM qui a un problème de taupe; le Bloc en compte aussi quelques-unes, qui ont apparemment des comptes à régler avec Gilles Duceppe.

Les informations embarrassantes qui ont fait l'objet de fuites dans les derniers jours ne peuvent venir que de l'interne. D'abord, la nature des «arrangements» du Bloc ne pouvait être connue que de l'intérieur; et puis, de toute façon, si un autre parti fédéral avait été au courant, il l'aurait fait savoir bien avant pour torpiller le Bloc.

Gilles Duceppe a dirigé son parti d'une main de fer pendant des années. Après la débâcle du 2 mai, il subit maintenant la vengeance des naufragés d'un parti déchu.