Dans sa lettre ouverte publiée hier, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, déplore le désabusement de la population à l'égard de la classe politique et en rend seul responsable le gouvernement Charest. Ce désabusement provoqué par les libéraux serait «tellement étendu qu'aux yeux d'une grande partie de la population, il est devenu le fait de l'ensemble de la classe politique québécoise».

André Pratte

Suivant ce raisonnement, le PQ, l'un des deux principaux partis de la province depuis plus de trois décennies, ne porterait aucune part de responsabilité dans la déception de la population à l'endroit des politiciens. Et Mme Marois, qui baigne dans la politique depuis 1978, n'aurait elle-même rien à voir avec le phénomène.

À en croire la chef de l'Opposition officielle, elle serait la seule à faire de la politique «parce que j'ai des convictions.» Ses collègues démissionnaires et les élus des autres partis ne seraient que de vulgaires opportunistes. Ces propos dénotent une certaine arrogance, pour dire le moins.

Mme Marois écrit qu'elle ne peut pas s'imaginer gouverner le Québec en compagnie de «vire-capot». Or, parmi les chefs du PQ dont elle fait l'éloge dans son texte, deux peuvent être qualifiés de «vire-capot», MM. Lévesque et Bouchard. Il est vrai que pour les souverainistes, il est noble de passer de fédéraliste à indépendantiste tandis que le cheminement contraire relève de la trahison.

Voici donc qu'à 62 ans, Mme Marois annonce qu'elle va «changer la politique». Rien que ça. La politique ancienne manière ne semblait pourtant pas lui poser problème à l'époque où son parti menait dans les sondages.

Le désabusement qui attriste Mme Marois existe bel et bien. Pas seulement au Québec, mais dans toutes les démocraties occidentales. C'est pourquoi les solutions qui seront étudiées au prochain Conseil national du PQ sont extraordinairement simplistes.

Ainsi, les péquistes envisagent de modifier le système électoral. C'est peut-être souhaitable. Mais on se fait des illusions en pensant qu'un tel changement apaisera la mauvaise humeur des électeurs. En France, où existe le système uninominal à deux tours auquel rêve le PQ, le désabusement est tout aussi profond qu'ici.

Le PQ songe aussi à instaurer des référendums d'initiative populaire. On trouve cette formule dans plusieurs États américains. Cela n'a pas empêché les électeurs des États-Unis de perdre toute confiance en ceux qui les gouvernent.

La politique changera lorsque les politiciens, tous partis confondus, admettront qu'ils sont à l'origine du problème. Tant qu'ils mettront le malaise sur le dos de leurs adversaires ou des journalistes, comme le fait la classe politique actuelle, les libéraux autant que les péquistes, le désabusement persistera.