Comme tous les amateurs de cinéma que je connais, j'ai beaucoup aimé Monsieur Lazhar, de Philippe Falardeau, en 2011. Un beau moment d'émotion qui m'a atteint un peu tardivement l'automne dernier, mais qui a bel et bien fait mouche.

Mis à jour le 13 janv. 2012
Vincent Marissal LA PRESSE

Comme les questions journalistiques un peu terre à terre me suivent toujours de très près, même dans une salle obscure avec un sac de pop-corn à la main, un petit détail apparemment anodin m'a toutefois un peu agacé dès le début de la projection. Oh, rien pour gâcher mon plaisir ou pour m'empêcher d'écraser une larme ou deux en regardant défiler le générique, mais je n'arrivais tout de même pas à croire qu'un Monsieur Lazhar puisse réussir à se faufiler entre les mailles du filet bureaucratique de notre système d'éducation.

Jamais, me suis-je dit, le syndicat des enseignants n'aurait laissé s'introduire un tel quidam, sorti de nulle part et inconnu au bataillon. Encore moins la commission scolaire, dont les multiples niveaux administratifs auraient, de toute façon, retardé l'arrivée de Bashir dans la classe de feue Martine pendant des mois.

Après avoir lu les récents reportages sur cette histoire d'école montréalaise empoisonnée aux moisissures débilitantes, je me suis ravisé: il est possible, après tout, que le laxisme, l'incompétence et la négligence érigés en système laissent «échapper» un Monsieur Lazhar.

De deux choses l'une, ici: ou bien la Commission scolaire de Montréal savait que l'école Saint-Gérard, dans le quartier Villeray, était contaminée au point de menacer la santé des enfants et du personnel et elle a tardé à agir, ou bien elle n'avait pas conscience de la gravité de la situation.

Dans les deux cas, la même question se pose: à quoi peuvent bien servir ces grosses structures que sont les commissions scolaires, avec leurs gros budgets, leurs nombreux départements, leurs professionnels, leurs cols bleus, leur mécanisme de surveillance, leur direction, si on doit attendre que des enfants multiplient les bronchites avant d'admettre que les grandes taches brunâtres au plafond des classes sont effectivement malsaines?

Je ne voudrais pas donner d'idées à qui que ce soit, mais on n'est peut-être pas très loin du jour où des parents intenteront une poursuite contre une commission scolaire pour négligence ayant causé la toux.

Évidemment, les commissions scolaires renvoient la balle à Québec et réclament au passage plus d'argent, mais le manque de moyens (à supposer que ce soit réellement le cas) pour régler un problème ne justifie pas le fait qu'on l'ignore, surtout si la santé des gens dont on a la responsabilité est menacée.

La décrépitude des écoles du Québec est connue depuis longtemps, cela ne devrait surprendre personne, surtout pas les dirigeants des commissions scolaires. À deux ou trois kilomètres de chez moi, une école primaire a été fermée pendant des mois l'an dernier parce que le toit coulait au point où on craignait l'effondrement d'une partie du deuxième étage.

À l'école de mes enfants, la direction a dû condamner un escalier pendant des années parce que le mur extérieur adjacent risquait de s'effondrer. Ce ne sont pas des exemples isolés; tous les quartiers de Montréal comptent des écoles en mauvais état.

Lors de la campagne de 2007, il y a cinq ans, l'ancien chef du Parti québécois, André Boisclair, a proposé d'investir 750 millions de dollars dans la rénovation des écoles du Québec, ce qui avait été sans contredit une des meilleures idées de sa campagne. Elle n'a malheureusement pas eu de suite.

Au cours de la même campagne, l'ancien chef de l'ADQ, Mario Dumont, avait, lui, proposé d'abolir les commissions scolaires, une idée reprise avec enthousiasme par François Legault.

Même le gouvernement Charest a récupéré une partie de l'idée, répondant ainsi au désir d'une partie de la population de réduire les grosses structures bureaucratiques.

Je persiste à croire que cette mesure est d'abord électoraliste et qu'elle entraînerait, à terme, plus de problèmes que de solutions, mais on ne peut pas dire que les commissions scolaires aident beaucoup leur cause en laissant des enfants tomber malades à cause de moisissures dans leur école.

Disons que cela donne des tonnes de munitions à ceux qui prônent la décentralisation des pouvoirs vers les écoles.

Interdire les transfuges?

Faut-il légiférer pour empêcher les députés transfuges?

La question, sans surprise, est revenue sur le tapis cette semaine après les défections de Lise St-Denis (du NPD vers le PLC) et de François Rebello (du PQ vers la CAQ). Deux dans la même journée, ça fait beaucoup, mais avant d'envisager de prendre des moyens radicaux pour interdire cette pratique, il faut d'abord rappeler que les transfuges sont une rareté et non une épidémie en politique.

Une compilation faite avec l'aide du bureau de la Chambre des communes démontre que, au cours de la dernière décennie, seulement sept députés ont quitté leur parti pour un autre (on ne peut mettre dans le lot les alliancistes qui se sont joints au nouveau Parti conservateur).

De ces sept transfuges, trois ont été battus aux élections suivantes, deux ne se sont pas représentés et un seul a été réélu sous une nouvelle bannière. Il est évidemment trop tôt pour déterminer le sort de Lise St-Denis.

À Québec, il a été impossible hier d'obtenir une telle compilation, mais les transfuges y sont aussi plutôt rares. On observe un mouvement vers la CAQ depuis quelques semaines mais, officiellement, ces députés siègent comme indépendants parce que leur nouveau parti n'est pas reconnu à l'Assemblée nationale.

La rareté, j'en conviens, n'excuse pas les cas les plus scandaleux, en particulier ceux de David Emerson, élu libéral et nommé ministre... conservateur, et de Belinda Stronach, conservatrice devenue libérale qui a sauvé in extremis le gouvernement Martin en échange d'un ministère.