François Legault est-il à droite ou à gauche? Pourquoi refuse-t-il de porter une étiquette politique? Par manque de courage pour affirmer ses couleurs? Par calcul politique, pour entretenir volontairement un flou sur ses intentions?

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Cette question semble passionner bien des analystes politiques. Elle a même fait l'objet d'un sketch assez drôle du Bye Bye de cette fin d'année avec la publicité sur la boîte de «LEGO» qui s'ouvrait des deux côtés, le gauche et le droit.

La réponse est probablement bien plus simple. François Legault est sans doute incapable de se définir en termes de gauche et de droite parce que ces catégories ont beaucoup perdu de leur sens. Et c'est tout aussi vrai pour Jean Charest ou Pauline Marois.

Comment caractériser les éléments du programme de la CAQ? L'éducation en est la grande priorité. C'est sans doute à gauche. Mais on veut imposer des critères de performance aux enseignants. Selon les schémas traditionnels, c'est à droite, parce que cela suppose un affrontement avec les syndicats. M. Legault croit en un système public de santé. C'est à gauche. Mais il veut tordre le bras aux omnipraticiens. Gauche ou droite? Il parle de création de richesse. Éminemment à droite. Mais il veut davantage utiliser le levier des sociétés d'État. Ce qui le place à gauche. Bref, la tâche est impossible.

Bien sûr, il y a des cas clairs de vraie droite ou de vraie gauche comme dans le bon vieux temps. On peut qualifier sans se tromper Stephen Harper de politicien de droite, et on s'entend pour décrire Québec solidaire comme un parti de gauche. Mais dans la plupart des cas, les étiquettes ne fonctionnent pas vraiment. Il y a quatre raisons à cela.

La première, c'est l'effondrement de la gauche traditionnelle, inspirée du socialisme ou du communisme. Sans ces alternatives, l'échiquier politique s'est considérablement rétréci, et la grande majorité des partis politiques des pays industrialisés se retrouvent maintenant dans le même espace, quelque part entre ce que l'on aurait autrefois appelé la droite modérée et le centre. Il y a des nuances, mais en gros, nos partis, ici comme dans les pays européens, croient que le développement économique doit reposer sur l'entreprise privée, mais que la logique du marché doit être tempérée par un filet de sécurité sociale; ils croient au rôle de l'État, mais dans un esprit de rigueur fiscale; ils croient à la redistribution de la richesse, mais l'associent à la création de richesse, dont ils parlent de plus en plus.

La seconde raison, c'est la dissociation progressive entre la droite sociale et la droite économique, autrefois intimement liées. On peut être à droite sur les questions fiscales et à gauche sur les questions liées aux valeurs et aux droits. Ou vice-versa. Pas mal plus compliqué pour les étiquettes.

La troisième, c'est la convergence entre les problématiques du progrès social et du progrès économique dans les sociétés avancées. Les deux objectifs ne sont plus antinomiques. Le monde économique voit de plus en plus la pauvreté, l'ignorance et les fractures sociales comme des freins au développement, tandis que le monde social a découvert les vertus de la prospérité parce qu'une société généreuse à besoin de moyens.

La quatrième raison, c'est la complexité des enjeux de politiques publiques. Le dogmatisme simpliste, d'un côté ou de l'autre, n'est pas une solution. Tant et si bien qu'un programme politique qui se tient sera un assemblage de mesures dites de droite et de mesures dites de gauche.

Si on veut étiqueter nos politiciens, il faudra trouver autre chose que ces quelques mots - gauche, droite, centre, centre-droit - qui sont réducteurs et à côté de la plaque.