Légalisation de la marijuana, rupture du lien monarchique, réaffirmation du droit à l'avortement, retour des bourses du millénaire, régime vert pour l'Alberta... La redéfinition du programme du Parti libéral du Canada, la fin de semaine prochaine en congrès à Ottawa, risque de provoquer de vigoureux débats parmi ses militants. Et de vives attaques de leurs adversaires conservateurs.

Publié le 8 janv. 2012
Vincent Marissal LA PRESSE

Depuis qu'ils ont perdu le pouvoir, il y a bientôt six ans, les libéraux ont changé trois fois de chef, ils sont à la recherche d'un quatrième, et ils semblent avoir perdu leur boussole politique.

Paul Martin avait trop de priorités; Stéphane Dion n'en avait qu'une, son impopulaire Plan vert et Michael Ignatieff n'a pas su définir et défendre les siennes. Résultat: les libéraux, jadis guidés par les fameuses «valeurs libérales» inscrites dans leur bible (les livres rouges) se sont perdus et sont aujourd'hui en panne dans un désert politique duquel ils ne semblent pas près de sortir.

À en juger par la teneur de certaines résolutions devant être débattues au congrès biennal du PLC, on constate que pour bien des militants libéraux, la meilleure façon de se redéfinir, c'est de le faire en opposition aux conservateurs.

Le meilleur exemple est sans doute cette résolution prioritaire (qui sera donc débattue par le congrès) émanant des jeunes libéraux et visant à mettre fin au lien entre la monarchie britannique et le Canada. On y lit, notamment, «que le Parti libéral du Canada exhorte le Parlement du Canada à former un comité multipartite ayant pour mission d'étudier les moyens qui permettraient à la population d'élire un chef d'État canadien et de rompre tout lien officiel avec la Couronne britannique».

On ajoute «que les Canadiens croient que la position sociale est quelque chose que l'on acquiert et non pas un privilège donné à la naissance; que notre chef d'État devrait être un vrai représentant de la population canadienne et que le Canada s'enorgueillit d'être un pays démocratique, doté d'institutions démocratiques».

Au moment où le gouvernement conservateur de Stephen Harper accroche des portraits de la reine partout et ajoute l'adjectif «royal» à différentes institutions, les libéraux souhaitent couper le cordon.

Au Québec, ce débat laisse généralement froid, mais ailleurs au pays, la monarchie est un sujet délicat et plusieurs pensent à Ottawa que Stephen Harper ne serait pas fâché de voir les partis de l'opposition se déchirer sur cette question.

Les jeunes libéraux jettent un autre pavé dans la mare en proposant qu'un prochain gouvernement libéral «légalise la marijuana et veille à la réglementation et à la taxation de sa production, sa distribution et son utilisation, tout en imposant des sanctions sévères pour les activités illégales de trafic, d'importation et d'exportation de marijuana, ainsi que pour la conduite avec facultés affaiblies».

On propose en plus d'accorder l'amnistie aux Canadiens condamnés pour possession simple et l'élimination de tout antécédent criminel à cet effet.

Cette fois encore, les conservateurs vont ruer dans les brancards, d'autant que la résolution libérale affirme que la prohibition n'a pas fait diminuer la consommation, qu'elle entraîne d'énormes dépenses inutiles et engorgent le système de justice. Attendez-vous à entendre l'expression soft on crime souvent du côté conservateur en ce début d'année.

Autre résolution visant directement les conservateurs: réaffirmer le droit à l'avortement, partout au pays, tel que prévu par la loi canadienne sur la santé. La commission féminine nationale du PLC demande même au gouvernement de punir financièrement les provinces qui réduisent l'accès à l'avortement.

Les libéraux albertains, déjà une espèce en voie de disparition, ne se feront pas d'amis dans ce paradis canadien de l'or noir en proposant de «mettre l'Ouest au vert».

Ils veulent notamment, que «le gouvernement du Canada entreprenne immédiatement une évaluation publique détaillée des effets de l'exploitation des sables bitumineux sur les plans environnemental, économique et social» et que «cette évaluation comprenne des recherches précises au niveau des enjeux entourant les effets dans l'ensemble de ces projets sur la qualité et la quantité d'eau dans la région locale, les plans de récupération et d'élimination d'étangs de résidus toxiques et aussi la réduction d'émissions de CO2».

Les libéraux, qui ont eux-mêmes déjà formé des gouvernements majoritaires avec moins de 40% du vote, veulent maintenant remplacer notre système uninominal majoritaire à un tour pour adopter un vote préférentiel dans chaque circonscription (les électeurs indiquent leurs préférence 1, 2 et 3). Au passage, ils réclament le maintien du financement public des partis selon les résultats, un régime voué à disparaître sous les conservateurs.

Apparemment nostalgiques des années Chrétien, les libéraux du Québec demandent le retour des bourses du millénaire. L'idée ne plaira probablement pas beaucoup à Québec.

Par contre, la proposition des libéraux de la Nouvelle-Écosse de décréter un moratoire national sur la production de gaz de schiste («jusqu'à ce que l'on ait trouvé des moyens sécuritaires et acceptables d'extraire ce gaz») risque de trouver échos au Québec. Mais certainement pas chez les conservateurs.

Les militants libéraux débattront par ailleurs d'importantes réformes internes limitant sérieusement les pouvoirs de leur chef, notamment dans la sélection des candidats et la priorisation des politiques.

La principale opposition à une telle émasculation du chef libéral viendrait sans aucun doute... de leur ancien chef Jean Chrétien, qui a toujours fermement dirigé son parti.

Parlant de M. Chrétien, on m'a dit qu'il vantait encore récemment les mérites d'une fusion PLC-NPD à Ottawa, un sujet qui ne fera toutefois pas partie des délibérations du congrès libéral.