En cette période de réjouissances, les conservateurs se sont offert un cadeau en diffusant un message publicitaire radiophonique saluant l'abolition du registre des armes d'épaule par le gouvernement Harper.

Publié le 20 déc. 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

D'un amateurisme rappelant les pubs maison des vendeurs de chars de province, le message a néanmoins le mérite d'être clair: Harper a dit qu'il le ferait, alors il l'a fait: adios, foutu registre coûteux et inefficace!

Sur le site registreaboli.ca, on voit aussi une belle photo d'un papa avec son fiston, les deux portant un fusil de chasse, et un court texte affirmant que les néo-démocrates et les libéraux ne pourront plus faire des jeux politiques pour bloquer l'abolition du registre, et on ajoute que les chasseurs et les agriculteurs ne seront plus traités comme des criminels.

Pas de surprise ici: le gouvernement Harper fait effectivement ce qu'il a dit qu'il ferait. Pas un mot, toutefois, sur la destruction des données du registre dénoncée par le Québec. Pas un mot, non plus, sur l'opposition des principaux corps de police du pays à l'abolition du registre.

Les intentions des conservateurs étaient connues, certes, mais ils en remettent toute une couche maintenant qu'ils sont majoritaires.

D'où leur vient cette fascination pour la répression, pour les armes, pour la police, pour les prisons?

En parcourant le site officiel du Parti conservateur du Canada (conservateur.ca), la fin de semaine dernière (oui, je sais, étrange façon d'occuper mes temps libres...), je n'ai vu, sur la page d'accueil, que des armes à feu, des bandits menottés et escortés par un flic, des discours contre la criminalité et même des pétitions contre la criminalité et contre le registre des armes à feu.

Mais dans quel pays vivent les conservateurs, au juste? Certainement pas dans le même que moi, en tout cas. Pas dans celui décrit par tous comme un endroit calme et paisible, une terre hospitalière, généreuse, ouverte, pas le far west que l'on nous présente sur cette page web!

Les messages-chocs se succèdent, comme si la menace planait sur ce pauvre pays livré aux bandits: SIGNEZ LA PÉTITION SUR LA CRIMINALITÉ (et celle pour l'abolition du registre des armes à feu, ce qui constitue une belle contradiction); LE GOUVERNEMENT HARPER ASSURE LA SÉCURITÉ DES COMMUNAUTÉS; OBTENIR DES RÉSULTATS POUR DES RUES ET DES COMMUNAUTÉS PLUS SÉCURITAIRES.

Que de dangers nous guettent! Devrais-je faire installer de grandes grilles devant chez moi et y poster deux dobermans pour protéger mes enfants de ce monde menaçant? Ce n'est plus le Canada, c'est l'Afrique du Sud. Ou les quartiers chauds de São Paulo, peut-être même Los Angeles dans les pires moments de la guerre des gangs de rue.

M. Harper, il est moche, votre Canada. Il est gris, comme les murs d'une prison. Vous répétez sans cesse que l'économie est votre priorité (et ce devrait effectivement être le cas), mais il faut chercher sur le site de votre parti pour y trouver quelques références plutôt discrètes.

Il est moche, votre Canada, et c'est une fiction qu'aucune étude sérieuse ne peut soutenir. La réalité, c'est que la criminalité baisse, mais il semble qu'il soit plus rentable politiquement de faire peur au monde.

Sur leur site, les conservateurs affirment que «pendant plus de 40 ans, le système de justice pénale du Canada allait dans la mauvaise direction, étant plus axé sur les droits des criminels que sur ceux des victimes». Pourtant, voici ce qu'a écrit ma collègue Louise Leduc, en juillet dernier, après la publication des dernières données sur la criminalité par Statistique Canada.

«Il faut remonter à plusieurs décennies pour constater un taux de criminalité aussi bas que celui de 2010 au Canada. Dans le document Statistique sur les crimes déclarés par la police au Canada, 2010, Statistique Canada confirme la tendance: le nombre d'homicides au Canada est à son plus bas depuis le milieu des années 60, et le nombre de tentatives d'homicide, en baisse de 14% cette année, est aussi à son plus bas depuis 1977. Cette tendance s'observe aussi chez les jeunes, dont le taux de criminalité et la gravité des crimes ont aussi respectivement chuté de 7% et 6%. En chiffres absolus, la tendance est encore plus évocatrice: de façon générale, au Canada, en 2010, il s'est commis 77 000 crimes de moins qu'en 2009.»

La semaine dernière, les partis de l'opposition ont quitté la colline parlementaire frustrés par l'attitude «bulldozer» du gouvernement Harper.

On peut les comprendre, mais il y a encore de l'espoir pour eux. J'ai du mal à croire que les électeurs se reconnaîtront encore longtemps dans un gouvernement qui joue les Shérif, fais-moi peur, qui piétine les institutions, qui méprise les tribunaux et les francophones, qui déchiquette Kyoto, qui placarde le portrait de la reine partout, qui organise des défilés militaires devant le parlement, qui insiste pour acheter des avions inadéquats et coûteux et qui abuse des campagnes négatives.