Les choix musicaux des organisateurs d'événements politiques sont parfois aussi cocasses que représentatifs de l'état de leur parti.

Publié le 11 déc. 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

Je me souviens notamment du Parti conservateur, qui venait d'élire Joe Clark à sa tête au début des années 2000, qui avait fait jouer I Will Survive de Gloria Gaynor à fond la caisse au Centre des congrès de Québec.

Hier, après l'élection de Daniel Paillé à la tête du Bloc québécois, on a entendu le célèbre Toujours vivant de Gerry Boulet dans l'hôtel montréalais où les bloquistes étaient réunis.

Vu le peu d'intérêt que cette course a suscité au sein même du Bloc québécois (et je ne parle même pas du public en général), l'hymne à la vie du grand Gerry est certes bien choisi, mais on ne peut s'empêcher de penser que, malgré l'espoir, il nous a tout de même quittés prématurément.

Le Bloc peut-il survivre, se relever et reprendre des forces maintenant qu'il a un nouveau chef? La réponse cliché est que tout est possible en politique et qu'on a souvent prédit la disparition du parti fondé par Lucien Bouchard dans la foulée de l'échec de Meech, comme l'a rappelé hier le plus ancien de ses députés, Louis Plamondon.

La réalité, toutefois, c'est que le Bloc québécois n'a jamais été aussi amoché, que sa base militante est démobilisée, que son financement public va fondre tranquillement et qu'il ne lui reste que quatre députés aux Communes.

Le faible taux de participation des membres à l'élection d'un nouveau chef (38,7%, soit environ 14 000 sur quelque 36 000) n'est certainement pas un signe de renouveau et d'enthousiasme.

C'est probablement parce qu'il pensait, justement, à l'avenir du Bloc que Daniel Paillé a réservé ses mots les plus durs pour... François Legault, chef de la Coalition avenir Québec. Un «fumiste» qui prétend qu'il pourra mettre la question nationale de côté pendant 10 ans, a lancé le nouveau chef du Bloc à l'endroit de M. Legault.

Le Bloc et le Parti québécois sont dans le même bateau, M. Paillé le sait fort bien. Une dégelée du PQ aux prochaines élections provinciales serait un deuxième coup dur, peut-être fatal celui-là, au mouvement souverainiste déjà fortement ébranlé par la quasi-disparition du Bloc le 2 mai dernier.

L'enjeu, pour le Bloc, n'est pas que politique, il est aussi financier. Avec la disparition progressive du financement public aux partis politiques (le Bloc a reçu 2,7 millions cette année), le Bloc devra se tourner vers ses militants pour amasser son fonds de guerre. Si ces militants ne souhaitent même pas voter pour élire leur nouveau chef, pourquoi feraient-ils un chèque au Bloc?

Les plus optimistes parmi les bloquistes rappellent que le Bloc a déjà connu de bonnes années de financement, mais c'était à l'époque où le parti comptait entre 40 et 55 députés et que la dynamique PQ-BQ faisait tourner le moteur du mouvement souverainiste.

Reste à voir quelle sera la relation entre Pauline Marois et Daniel Paillé, protégé de Jacques Parizeau, ce qui n'est pas la meilleure carte de visite dans l'entourage de la chef péquiste.

Hier, Daniel Paillé a promis de parler de souveraineté, d'en parler beaucoup même, ce qui n'est pas le plan de match de Mme Marois.

En un discours, M. Paillé a expédié aux oubliettes la politique de la défense des intérêts du Québec défendue pendant près de 15 ans par son prédécesseur, Gilles Duceppe. Dorénavant, a-t-il dit, le Bloc cherchera plutôt à faire la démonstration que le Canada de Stephen Harper ne correspond pas aux valeurs du Québec.

Par ailleurs, Pauline Marois n'aimera certainement pas que la campagne contre François Legault soit dirigée par le chef du Bloc, à Ottawa. Gilles Duceppe, lui, savait tenir sa place.

Reste à voir aussi comment Daniel Paillé réussira à imposer son leadership à son maigre caucus de quatre députés, dont deux étaient des adversaires dans cette course, alors qu'il ne siégera pas aux Communes (et qu'il n'est vraiment pas pressé d'y entrer).

Il fallait entendre le rire de Maria Mourani lorsque le collègue Denis Ferland, de RDI, lui a demandé s'il était possible qu'un des quatre élus du Bloc cède sa circonscription au nouveau chef. Oubliez ça, M. Paillé devra attendre une partielle dans une circonscription prenable (ce qui n'est pas aussi facile qu'avant) ou encore patienter jusqu'en octobre 2015.

Stephen Harper peut dormir tranquille: le nouveau chef du Bloc sera loin d'Ottawa; si le Nouveau Parti démocratique choisit Brian Topp, il ne sera pas aux Communes non plus avant un bout de temps et les libéraux n'auront pas de nouveau leader (s'ils en ont un!) avant 2013.