Dans le débat sur les conditions de vie des Autochtones, relancé par la crise à Attawapiskat, une solution est avancée par plusieurs: la délocalisation des communautés isolées. «Le gouvernement ne devrait pas subventionner les résidants pour qu'ils restent dans des lieux aussi misérables, écrit le National Post. L'argent devrait plutôt être consacré à installer les Autochtones dans des lieux moins lointains où ils auraient une véritable chance de vivre le rêve canadien.»

Publié le 9 déc. 2011
André Pratte LA PRESSE

Il est certain que l'isolement est l'une des principales causes des difficultés vécues par plusieurs communautés des Premières Nations et inuites. Toutefois, le déménagement de ces communautés ne saurait être envisagé, à moins qu'il résulte d'une décision qu'elles auront elles-mêmes prise. Pourquoi? Parce que cette «solution» a déjà été tentée au cours du siècle dernier et a produit des résultats catastrophiques. Dans son rapport publié en 1996, la Commission royale sur les peuples autochtones a consacré de nombreuses pages à décrire les délocalisations imposées à diverses communautés, leurs effets délétères et le vif ressentiment qui en a résulté. Des villages entiers ont été déplacés de dizaines de kilomètres, des familles ont été séparées, les logements et les emplois promis ne se sont pas matérialisés. Les groupes qui ont été installés près des villes ont été souvent mal accueillis et n'ont pas pu s'adapter à leur nouvel environnement. Cela étant, les membres des Premières Nations et les Inuits réagiraient avec la plus grande méfiance à tout projet de déménagement.

Pour mieux comprendre le traumatisme subi par les Autochtones déplacés, on n'a qu'à penser à celui qu'ont vécu les expropriés de Mirabel et les habitants des villages gaspésiens fermés dans les années 60. Par ailleurs, songeons au fait que le gouvernement du Québec a aujourd'hui comme politique de venir en aide aux «municipalités dévitalisées». Selon le premier ministre Jean Charest, «l'attachement des citoyens à leur territoire et leur volonté d'y vivre et d'en vivre (...) constituent des traits marquants de notre culture.» Si cela est vrai pour les Québécois, ça l'est encore plus pour les Autochtones.

Les communautés qui ont commencé à se sortir de la misère y sont parvenues grâce à l'exploitation des ressources naturelles sur leurs terres. C'est pourquoi le développement du Nord (au Québec par le Plan Nord, en Ontario par le Plan d'aménagement du territoire du Grand Nord) offre une occasion inespérée de mettre un terme à l'isolement des Autochtones. L'amélioration de leurs conditions de vie ne passe donc pas par la délocalisation, mais par la négociation de partenariats d'égal à égal pour la préservation du territoire et l'exploitation des ressources du Nord.