Depuis la découverte par La Presse, il y a quelques semaines, de la présence de deux cadres supérieurs unilingues anglophones à la Caisse de dépôt et placement du Québec, le débat linguistique a repris de plus belle.

Mis à jour le 8 déc. 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

Le gouvernement Charest affirme que cette situation est inacceptable, mais sa réponse plutôt molle en a laissé plusieurs sur leur faim, notamment le Parti québécois qui exige un amendement à la loi pour y assujettir les sociétés d'État.

En élargissant le débat, on a constaté encore une fois, au cours des derniers jours, que le français est souvent mis à mal dans plusieurs entreprises et que les francophones doivent souvent travailler dans la langue de Shakespeare, comme leurs patrons.

Voici, en guise d'exemple supplémentaire, un courriel reçu récemment d'un employé de Bombardier, fleuron du Québec inc.:

«J'ai été surpris d'apprendre, par les articles de La Presse, que c'est un droit de travailler en français au Québec. Aux bureaux de Bombardier de Dorval, c'est tout simplement impossible. Toutes les communications se font en anglais, qu'on parle de courriels, de rapports écrits ou de réunions. Seuls les communications officielles de l'entreprise ou les services aux employés sont en français. Au travail, dès qu'un anglophone est présent, c'est en anglais que cela se passe. Personne n'ose remettre en question la suprématie de l'anglais de peur d'être perçu comme un séparatiste et de limiter ses possibilités d'avancement. Et malheureusement, il y a aussi beaucoup de francophones pour qui cela n'a tout simplement pas d'importance.

«Ce mépris pour notre langue existe à tous les niveaux hiérarchiques. Je vois régulièrement des employés unilingues anglais de premier niveau être engagés. Il serait impensable d'engager un unilingue francophone pour le même poste. Dans les entrevues d'embauche, plusieurs responsables des ressources humaines ne valident même pas la connaissance du français, alors que l'anglais doit absolument être maîtrisé. Il n'y a tout simplement pas de politique en faveur du français chez Bombardier.» (Lire le texte de Francis Vailles en pageA6 pour comprendre les détails de la situation linguistique chez Bombardier.)

Officiellement, travailler en français est effectivement un droit au Québec, mais au sein même du gouvernement, on admet qu'il est parfois difficile, dans certains secteurs industriels (aéronautique, pharmaceutique, logiciels), de faire respecter la loi.

La question se pose (se repose, en fait, parce qu'elle revient périodiquement): le gouvernement du Québec peut-il en faire plus pour protéger le français, non seulement au travail, mais aussi dans l'affichage?

Cela commencerait, logiquement, par une sensibilisation adéquate des immigrants qui désirent s'installer ici, mais à ce chapitre, Québec envoie des messages contradictoires et lance des initiatives étonnantes.

Ainsi, en allant sur le site du ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, section «Pourquoi choisir le Québec», onglet «Expressions québécoises», le futur immigrant apprendra que le Québécois francophone met des «tu» à la fin de ses questions (comme «Tu m'écoutes-tu?»), qu'il dit «envoye donc!» (pour convaincre quelqu'un de faire quelque chose), «pantoute!» (signifie «pas du tout!»), «Je suis mal pris» (en détresse, j'ai besoin d'aide) ou qu'il «pousse une craque» (faire une plaisanterie ou une remarque piquante) et bien d'autres expressions, toutes traduites entre parenthèses.

Suit un lexique du dialecte québécois, où on trouve, entre autres (toujours avec la traduction): un aiguisoir (taille-crayon), une balloune (ballon), un bec (un bécot, un baiser), un minou (un chat), un bécyque (une bicyclette), une bibitte (insecte ou animal inconnu), un pitou (un chien), un plasteur (pansement), des sparages (grands gestes), une patate frite (des frites) ou des patates pilées (pommes de terre en purée), et une vingtaine d'autres mots typiquement québécois.

Est-ce vraiment le rôle du gouvernement du Québec de répertorier les mots et expressions en mauvais français et de les traduire pour que l'immigrant puisse comprendre l'indigène? J'éprouve comme un malaise en imaginant un Africain, un Belge ou un Français en train de consulter ce lexique.

Le ministère de l'Immigration indique clairement sur son site et dans ses documents que le français est la langue officielle au Québec, mais on entrouvre la porte vers l'enseignement en anglais, en précisant que «les enfants des immigrants doivent normalement fréquenter l'école francophone. L'enseignement en anglais est aussi disponible à certaines conditions».

Quant à l'apprentissage du français pour les immigrants adultes, on incite à suivre des cours gratuits offerts par le gouvernement, mais ces cours ne sont pas obligatoires. «L'immigrant qui ne connaît pas la langue française doit faire des efforts pour en faire l'apprentissage afin de s'intégrer dans son nouveau milieu de vie», lit-on sur le site du Ministère.

Dans le document sur les «valeurs communes de la société québécoise», que tout immigrant doit signer avant d'arriver au Québec, on écrit que «parler le français est une nécessité», mais on répète seulement que ceux qui ne le parlent pas doivent «faire des efforts pour l'apprendre».

La question des marques de commerce et des noms de commerce bilingues ou unilingues anglais est aussi revenue dans l'actualité des derniers temps. À ce chapitre, le Parti libéral du Québec est mal placé pour faire la leçon puisqu'il est le seul parti, avec le Parti vert, à être officiellement enregistré sous un nom bilingue auprès du Directeur général des élections.

Est-il vraiment nécessaire au Québec, en 2011, de se présenter comme le Parti libéral du Québec\Quebec Liberal Party?