Les efforts et les moyens déployés par le Parti québécois, l'implication de sa chef, Pauline Marois, dès le jour un de l'élection partielle dans Bonaventure et même le blitz final avec une douzaine de députés n'auront pas suffi à faire tourner le vent dans ce coin de Gaspésie.

Publié le 5 déc. 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

Géographiquement, la circonscription de Bonaventure est voisine du Nouveau-Brunswick, mais politiquement, sa terre est aussi rouge que celle de l'Île-du-Prince-Édouard.

Voilà qui consolera les péquistes, qui avaient préventivement fait baisser les attentes depuis quelques jours et en particulier hier sur les réseaux sociaux, en rappelant notamment que cette circonscription n'a voté PQ que deux fois depuis 1867 (évidemment, le PQ existe depuis moins de 40 ans...).

On nous disait aussi, depuis quelques jours, de jauger la performance du PQ à sa progression dans les votes obtenus. Vrai, de 29% aux générales de 2008 à 37% hier soir, c'est une progression indéniable. Vrai, aussi, les libéraux sont passés de 64% (aux générales de 2008 avec Nathalie Normandeau) à 50% hier. Vrai encore, avec des taux de participation comparables (58% en 2008, 55% hier), le PLQ a perdu 3000 votes.

N'empêche, le PQ et Pauline Marois ont mis toute la gomme dans cette circonscription au cours des dernières semaines pour finir, tout de même, 12% derrière les libéraux, en n'augmentant sa récolte nette que de 1100 votes. Par comparaison, pour gagner Kamouraska-Témiscouata, en novembre dernier, le PQ avait réussi à accroître son score de 3000 votes, ce qui avait fait la différence au final.

Mme Marois est allée neuf fois dans Bonaventure, dont toute la fin de semaine dernière avec 11 de ses députés. On ne peut pas dire que sa présence aura permis de faire la différence. Hier soir, les péquistes se contentaient de progresser... dans la défaite.

On pourrait penser que le bon résultat de Québec solidaire (9%), autre parti souverainiste, a nui au PQ, mais même en additionnant les votes, il en manque encore pour battre le PLQ.

Dans l'état actuel du gouvernement libéral, miné par un taux d'insatisfaction record, le PQ ne peut se satisfaire lorsqu'un électeur sur deux d'une circonscription comme Bonaventure continue de voter libéral.

Pour le PQ, il s'agit d'une défaite honorable, mais remarquez qu'en définitive, c'est le premier mot de l'expression qui compte ici. Pour les libéraux, il s'agit d'une victoire prévisible, mais ici aussi, la même règle s'applique. Jean Charest va prendre cette victoire, qui survient à quelques jours de la fin de la session parlementaire, avec un grand sourire.

Pauline Marois a affirmé hier soir que le parti de François Legault, la CAQ, qui n'avait pas de candidat dans cette partielle, aurait favorisé le PQ en divisant le vote fédéraliste. Voilà une excuse commode pour un soir de défaite, qui ne tient toutefois pas la route.

Tous les sondages démontrent depuis des mois que la CAQ mange d'abord dans l'assiette du PQ, puis grappille dans celle du PLQ, qui reste assis sur des bases électorales fortes chez les anglophones et les allophones. C'est vrai aussi, apparemment, dans Bonaventure.

Les derniers sondages dans cette circonscription ont indiqué que la CAQ aurait recueilli environ 15% des votes. Rien, mais absolument rien, ne laisse croire que la CAQ aurait grugé ces 15% exclusivement au PLQ.

Reste à voir quel impact aura cette défaite du PQ sur le leadership de Pauline Marois, déjà mal en point après des mois de crise interne. La pression s'accentuera-t-elle sur Mme Marois, après cette défaite? Pas forcément, mais les députés et militants qui souhaitaient déjà son départ n'auront pas trouvé à Bonaventure de raison de prolonger sa présence à la tête du PQ.

Dans l'immédiat, la pause du temps des Fêtes (la session se termine ce vendredi) donnera un petit répit à Mme Marois.

Prochain rendez-vous: le conseil national, à la fin du mois de janvier, celui qui devait avoir lieu la fin de semaine dernière mais qui a été annulé pour permettre au parti de se concentrer sur la partielle dans Bonaventure.