À force d'entendre Pauline Marois répéter que l'élection partielle de Bonaventure n'est pas un test pour son leadership, on a l'impression de se retrouver devant une toile du célèbre peintre René Magritte.

Mis à jour le 5 déc. 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

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Le rendez-vous électoral d'aujourd'hui n'est pas un test pour la chef péquiste, mais cela ne l'a pas empêchée d'y retourner cette fin de semaine pour la énième fois. Hier, dernière journée de campagne, Mme Marois était entourée de 11 de ses députés pour s'assurer de «faire sortir le vote» comme on dit dans le jargon.

Rappelons aussi que la direction du Parti québécois a décidé d'annuler son Conseil national, qui devait avoir lieu hier et samedi à Saint-Hyacinthe, et l'a reporté à la fin janvier, question, disait-on, de se concentrer sur Bonaventure.

Le parti souhaite consacrer toutes ses énergies et ses ressources à épauler le candidat à l'élection partielle dans Bonaventure, Sylvain Roy», avait indiqué le PQ dans un communiqué après avoir pris cette décision.

Plusieurs pensaient que le report du Conseil national visait d'abord à éviter une autre séance publique de querelle familiale à la veille d'une élection partielle et au moment où le leadership de Mme Marois était une fois de plus mis à mal.

Dès lors, c'est le PQ qui faisait de Bonaventure un test, quoi qu'en dise Pauline Marois. En ordonnant au parti de mettre toute la gomme dans ce comté et en s'y rendant elle-même à plusieurs reprises, la chef péquiste a créé l'impression qu'une victoire est possible dans ce fief libéral.

Les libéraux de Jean Charest et le ministre responsable de la Gaspésie, Yves Bolduc, veulent absolument éviter toute forme de triomphalisme, mais ils affirment être en bonne position pour garder le siège de Nathalie Normandeau et ancien royaume de l'indélogeable Gérard D. Lévesque. Le premier ministre Jean Charest s'es lui aussi rendu dans la circonscription, moins souvent que Pauline Marois, toutefois, et il y a dépêché aussi quelques ministres, dont Lise Thériault et Laurent Lessard.

Du côté du PQ, on affiche un optimisme modéré. Voici comment un député résumait la situation, hier: «On va assurément progresser et peut-être surprendre. Il faut analyser notre performance sur la progression du vote.»

Alors, c'est un test ou non, Bonaventure, pour Pauline Marois?

Oui, mais honnêtement, tout le monde sait que le PQ a une pente pratiquement insurmontable à remonter dans une circonscription qui a été libérale 50 des 55 dernières années. Aux dernières élections générales, en décembre 2008, Nathalie Normandeau avait obtenu 64% du suffrage, le PQ, 29%.

C'est ce chiffre qu'il faut retenir: 29%. Le PQ doit absolument faire mieux, beaucoup mieux même, à défaut de quoi il va se retrouver avec une nouvelle gueule de bois demain matin. Et le sort de Pauline Marois sera de nouveau au centre de toutes les discussions.

Forteresse libérale, soit, mais le fait est que cette partielle arrive à la fin de la huitième année d'un régime libéral usé par les soupçons de scandale, par une déconnexion quasi permanente avec l'électorat et par un taux récurrent d'insatisfaction profonde. Il faut ajouter que ce vote arrive quelques jours après la publication d'un rapport dévastateur du vérificateur général sur l'attribution des places en garderies par le gouvernement Charest.

Qui plus est, Bonaventure est une circonscription francophone où l'ADQ n'a pas de prise, ce qui favorise une bonne vieille lutte à deux. (C'est aussi l'une des raisons qui explique que la CAQ de François Legault a décidé de sauter un tour pour cette partielle).

Vrai, les péquistes doivent se battre contre le souvenir de Nathalie Normandeau, l'enfant chérie de la région, mais ils ont dû aussi affronter la mémoire de feu Claude Béchard, l'an dernier dans Kamouraska-Témiscouata pour arracher cette circonscription.

Hier, sur Twitter, un porte-parole péquiste affirmait que cette élection partielle est l'occasion pour les électeurs de Bonaventure de sanctionner le gouvernement libéral, notamment pour sa gestion des garderies.

Normalement, une élection partielle, surtout en fin de régime, permet effectivement aux électeurs de passer un message au gouvernement, mais depuis le jour 1 de cette campagne dans Bonaventure, on a plutôt l'impression qu'il s'agit d'un test de leadership pour Pauline Marois. Un autre...

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