Les semaines se suivent et se ressemblent pour Pauline Marois. Encore des tiraillements au sein de son caucus... et encore des mauvaises nouvelles dans un sondage.

Publié le 25 nov. 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

Première victime de la création officielle du nouveau parti de François Legault, le PQ a perdu six points au cours du dernier mois, une dégringolade qui s'explique aussi par les remises en question internes du leadership de Pauline Marois.

On a beau essayer de ne pas personnaliser l'analyse de la scène politique québécoise, l'évidence se confirme une fois de plus dans ce nouveau CROP: Pauline Marois ne passe pas. Non seulement ne passe-t-elle pas, mais elle tire son parti vers le bas, passant sous la barre des 20% pour la première fois.

Peu importe les questions ou les scénarios (qui ferait le meilleur premier ministre, élections avec CAQ-ADQ ou CAQ et ADQ séparées?), le même résultat déprimant pour la chef péquiste. Et encore, ce coup de sonde a été réalisé avant l'expulsion du député Daniel Ratthé pour cause de flirt avec François Legault. Avant l'exclusion d'un autre député, Guy Leclair, et avant qu'un noyau de mécontents ne recommence à s'agiter.

Bref, ça va mal pour le PQ de Pauline Marois, ça fait maintenant six mois que ça se détériore et rien ne laisse entrevoir une quelconque embellie sous peu.

En fait, oui, une variable change complètement les résultats: remplacez le nom de Pauline Marois par celui de Gilles Duceppe et, soudainement, le Parti québécois double ses intentions de vote et prend la tête devant la CAQ, avec 10 points d'avance.

On ne peut pas empêcher un coeur d'aimer et, visiblement, les Québécois aiment beaucoup Gilles Duceppe. Celui-ci a beau écrire (ou faire écrire, plutôt) des lettres pour dire qu'il ne veut pas du job de Pauline Marois, peut-il résister encore longtemps au chant des sirènes?

Depuis des mois, le fantôme de François Legault hantait les sondages. Maintenant que le parti de M. Legault s'est concrétisé, un autre mirage apparaît. Cela démontre bien qu'il n'y a pas de legaultmania, mais bien plus un désir de changement. Les Québécois cherchent désespérément autre chose que ce qu'ils trouvent sur les tablettes.

Cela démontre aussi que le PQ n'est pas mort, tant s'en faut, mais pour retrouver de sa vigueur, il doit sacrifier encore une fois son chef et se lancer dans une autre guerre intestine, avec tous les risques que cela comporte.

L'ADQ, par contre, semble bel et bien condamnée à disparaître. Ce n'est pas une grosse nouvelle, direz-vous, mais les chiffres sont brutaux: si le parti de Gérard Deltell reste seul dans la course, il tombe à 6%, une dégringolade de 14 points en un mois. S'il se joint à la CAQ, il permet à celle-ci de passer de 33% à 42%. Ça, c'est plutôt une bonne nouvelle pour Gérard Deltell: il a apparemment un certain pouvoir de négociation devant François Legault.

Le ciel est morose pour Pauline Marois, mais le plafond est franchement bas pour Jean Charest aussi. Le taux de satisfaction des Québécois envers son gouvernement reste incurablement médiocre et, peu importe les scénarios et les combinaisons possibles, le PLQ n'attire qu'un électeur sur quatre. Les libéraux sont plus sages, plus disciplinés que les péquistes, c'est bien connu, mais ils ont le même problème: ils ne peuvent gagner les prochaines élections avec leur chef actuel.

Même problème, mais pas la même attitude. Contrairement aux péquistes, la majorité des libéraux, ministres, députés ou militants à qui j'ai parlé récemment pense que le temps peut jouer en leur faveur, que leur chef restera et qu'il survivra une fois de plus, à la surprise générale.

Un mot en terminant sur la chute de sept points de Québec solidaire depuis octobre. À 13% le mois dernier, je crois que QS était surévalué. À 6 % maintenant, sous-évalué.

Difficile de mesurer l'impact réel de QS dans tout le Québec, puisque ce parti reste d'abord et avant tout un phénomène urbano-montréalais.

Je suis toutefois convaincu que Québec solidaire fera des gains à Montréal aux prochaines élections et qu'Amir Khadir aura de la compagnie à l'Assemblée nationale.s Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca