De la demi-douzaine d'outils de réflexion, livres d'idées et films documentaires, qui débarquent au Québec en quelques jours, le plus attendu est certainement le film Survivre au progrès, de Mathieu Roy et Harold Crooks. Inspiré du best-seller A Short History of Progress (2004), de Ronald Wright, il prend l'affiche aujourd'hui dans cinq salles de Montréal et Québec.

Publié le 4 nov. 2011
Mario Roy LA PRESSE

Dans sa substance, Survivre au progrès est essentiellement un film catastrophe. Non pas à l'image de la Tour infernale ou des Dents de la mer, bien sûr! Mais au sens où il prédit une faillite du progrès et une crise de civilisation auxquelles, comme le laisse subodorer le titre, l'humanité ne survivrait pas.

Dans sa forme, le film relève de la Michael-Moorisation du cinéma documentaire (on connaît l'effroyable puissance de la culture américaine!), qui a tué l'exposé cinématographique factuel, tendant à l'objectivité. Exactement comme chez Moore, en effet, l'«engagement» prime tout dans Survivre au progrès. On s'y encombre peu de nuances et les faits incompatibles avec la thèse sont omis, tout simplement. Aussi, le message est dru et univoque, un des protagonistes du film le résumant fort bien en lançant: «La civilisation est une expérience qui a échoué».

Et elle périra, la pauvre, non pas prisonnière des dents de la mer, mais égorgée par les crocs du progrès.

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Il est pénible de devoir égratigner une oeuvre qui s'appuie sur des personnages aussi éminemment sympathiques que David Suzuki, Margaret Atwood ou Jane Goodall. Qui est d'une beauté plastique que seuls peuvent livrer de grands artisans de l'image - ayant accès à une technologie de pointe... Qui, enfin, est déjà gratifiée d'un immense succès d'estime dans les milieux qui comptent.

Mais il est impossible ne pas voir la quantité de lieux communs, parfois vieux de 50 ans mais encore capables de faire peur, qu'on y trouve. Explosion de la population (à réduire «de moitié ou des deux tiers», entend-on, comme à l'effrayante époque où sévissait la deep ecology). Armement nucléaire. Épuisement des ressources. Surconsommation. Ce que Wright a appelé les progress traps, les pièges du progrès, semés sur notre chemin depuis les Sumériens...

...sans parler du grand non-dit, de l'éléphant dans la pièce, qui hante tout le film sans jamais être nommé: la bêtise humaine. Celle qui nous rendrait incapables de trouver des solutions à mesure que les problèmes se présentent. Et ce, nonobstant les preuves du contraire accumulées depuis des millénaires et dont la plus irréfutable est précisément notre survie!

Les dangers seraient plus grands aujourd'hui que jadis? Peut-être - encore que ça se discute. Mais nos connaissances sont infiniment plus grandes et nos outils infiniment plus puissants aussi.