En paralysant illégalement hier la plupart des chantiers importants du Québec, parfois en ayant recours à l'intimidation, la FTQ-Construction et le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) ont fait la preuve que le gouvernement a raison de vouloir abolir le placement syndical dans cette industrie.

André Pratte LA PRESSE

Depuis la commission Cliche il y a 35 ans, les gouvernements qui se sont succédé ont rêvé de mettre un terme à ce système malsain. Aucun n'a osé prendre le taureau par les cornes. Ce qui fait qu'aujourd'hui, les employeurs sont à la merci des deux principales centrales syndicales de l'industrie, celles-ci ayant le contrôle total de la main-d'oeuvre sur les grands chantiers. Le patron ou le petit syndicat qui ose contester ce contrôle verra vite les gros bras débarquer.

Le projet de loi 33 déposé par la ministre du Travail, Lise Thériault, propose de remplacer le placement syndical par un système de référence géré par la Commission de la construction du Québec. L'employeur qui a besoin d'ouvriers consultera le fichier informatique détaillé que tiendra désormais la CCQ. Les syndicats pourront continuer de suggérer leurs membres mais n'auront plus le monopole de l'information qui, à l'heure actuelle, leur permet d'en imposer l'embauche.

On comprend que la FTQ-Construction et le Conseil provincial soient mécontents. Ils seront entendus cette semaine par la commission parlementaire qui étudie le projet de loi. Ils ont publié des annonces dans les journaux. Ils auraient pu organiser des manifestations pacifiques. Mais la démocratie, ce n'est pas le fort de ces deux centrales syndicales. Elles ont donc choisi la voie de l'illégalité, de l'intimidation et du mensonge. Illégalité: ces grèves sont interdites par la loi R-20 sur les relations du travail dans la construction. Intimidation: les faits recueillis hier par les médias à cet égard sont incontestables, les ouvriers ont été sortis des chantiers par des taupins envoyés par les centrales. Mensonges, parce que les rares représentants syndicaux qui ont parlé aux médias ont prétendu que ces débrayages survenus simultanément dans toutes les régions du Québec étaient «spontanés».

Le président de la FTQ, Michel Arsenault, a même osé déclarer qu'«à sa connaissance», il n'y avait pas eu de mot d'ordre. Quelle farce! Par leur silence complice, les hautes instances de la FTQ cautionnent ce débrayage illégal.

Les Québécois ont beaucoup reproché au gouvernement libéral, avec raison, son refus de mettre sur pied une enquête publique sur l'industrie de la construction. Il lui faut reconnaître que, dans le dossier du placement syndical, également crucial pour que le ménage soit fait dans cette industrie, le gouvernement fait ce qu'il faut faire.

On le voit cette semaine, cette bataille-là sera rude. Pour la gagner, le gouvernement Charest a besoin de l'appui de la population et de celui des partis d'opposition.