Les réactions à la publication de cinq nouvelles études sur la situation du français étaient prévisibles: les inquiets y ont vu confirmation de leurs pires craintes, les optimistes se sont attardés aux aspects encourageants relevés par les chercheurs.

André Pratte LA PRESSE

Les commentaires les plus pertinents sont venus de la co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David. Dans une entrevue accordée à l'émission C'est bien meilleur le matin, à Radio-Canada, elle a fait preuve d'une compréhension profonde de la problématique linguistique décrite par ces études commandées par l'Office québécois de la langue française.

«Il y a des nouvelles inquiétantes, mais il y a aussi de bonnes nouvelles», a souligné Mme David. Ainsi, selon les projections du démographe Marc Termote, les francophones (ceux qui parlent français à la maison) seront minoritaires sur l'île de Montréal d'ici 2031. Par contre, indique une autre recherche, la proportion d'immigrants qui adoptent le français comme langue d'usage n'a pas cessé d'augmenter depuis 1976. De plus, la baisse de la part du français ne se fait pas au profit de l'anglais, qui est lui aussi en déclin, mais à celui des autres langues. Or, il ne faut pas s'étonner du fait que la plupart des allophones continuent d'employer leur langue maternelle au foyer. Ce qui importe, c'est que ces gens et leur descendance apprennent et parlent le français à l'école, au travail et dans les lieux publics. C'est beaucoup plus le cas aujourd'hui que par le passé. «J'ai plusieurs amis qui parlent espagnol, cambodgien, vietnamien, arabe à la maison et qui partout ailleurs parlent français et sont très bien intégrés à la culture francophone», relate Mme David.

N'oublions pas, par ailleurs, que les francophones demeureront largement majoritaires dans l'ensemble de la province (78% en 2031). Dans 20 ans, les allophones (12%) dameront le pion aux anglophones (10%).

Curieusement, l'une des principales conclusions de M. Termote est passée inaperçue: selon lui, les tendances démographiques lourdes font que le recul relatif des francophones est «inéluctable». Par exemple, même si 100% des immigrants adoptaient le français comme langue d'usage, «tout au plus peut-on espérer freiner légèrement cette tendance». Même chose si on parvenait à augmenter le nombre de francophones parmi les immigrants admis au Québec.

Le seul scénario qui retarderait sensiblement la baisse de la part des francophones à Montréal est celui d'une immigration internationale en baisse et d'une reprise de l'exode des anglophones vers les autres provinces. Apparaît alors un véritable «dilemme», souligne M. Termote: «Si l'effectif total de la population augmente, le pourcentage de francophones baisse, et le seul moyen de ralentir quelque peu cette baisse est d'accepter que le nombre d'habitants diminue», avec tous les problèmes sociaux et économiques qu'engendrerait une telle diminution.

La gestion de ce dilemme est à la fois complexe et cruciale pour l'avenir du Québec. Elle échappe aux solutions simplistes du genre «imposons la loi 101 aux cégeps». Elle exige une approche plus déterminée que celle de l'actuel gouvernement et de ses partenaires d'affaires. Souhaitons que la publication de ces nouvelles études convaincra tout le monde d'y mettre plus d'énergie et plus de moyens.