Quelle quantité de souffrance humaine l'affaire des mammographies suspectes, sujettes à réexamen, a-t-elle causée? Après beaucoup d'autres depuis un an, 2200 femmes ont ainsi appris, cette semaine, que les résultats des tests subis sont douteux; des examens supplémentaires seront nécessaires.

Mis à jour le 1er sept. 2011
Mario Roy LA PRESSE

En outre, sait-on que la mammographie fréquente engendrerait un «sur-diagnostic» potentiellement dangereux (selon la revue Archives of Internal Medicine)?

Est-ce que seulement un choix s'offre aux jeunes femmes qui sont ou seront actives sexuellement: se faire vacciner contre les virus du papillome humain (VPH) ou... porter une ceinture de chasteté? C'est pourtant ce que prêche le ministère de la Santé du Québec dans une campagne pro-vaccin qui se veut humoristique, mais dont l'absurdité aura davantage réussi à choquer.

Et au-delà de l'esbroufe publicitaire, sait-on que des médecins (dont le docteur Marc Zaffran, de l'Université de Montréal) remettent sérieusement en cause la pertinence de ce programme de vaccination?

Alors que 1300 Québécoises meurent chaque année du cancer du sein, et 80 du cancer du col de l'utérus, 4000 patients meurent après avoir contracté à l'hôpital une infection nosocomiale! Aux États-Unis, il en coûte au système de santé 200 milliards par année pour soigner les hordes de patients réagissant mal à des... médicaments!

Dans une civilisation malade d'inquiétude* au sujet de tout ce qui touche la santé, en sommes-nous rendus à nous soigner à mort?

Dans un récent numéro, le magazine américain Newsweek titre: «Le mot qui pourrait vous sauver la vie: non!» Non aux tests médicaux souvent inutiles. Non aux traitements intrusifs qui pourraient vous coûter la vie.

«Dans plusieurs champs de la médecine, ne pas tester, ne pas scanner, ne pas traiter est la voie véritable vers une meilleure santé», écrit encore Newsweek, citant les propos du docteur Rita Redeberg, professeur à l'Université de la Californie.

Contre-intuitif? Sûrement.

Mais cette civilisation, où on ne trouve plus que des malades et des... gens en attente de l'être, a acquis la certitude que l'appareil médical est tenu d'opposer un remède à tout malaise.

Et ça fait peut-être l'affaire de tout le monde. Du corps médical, qui préfère certainement en faire plus que moins, question de se couvrir. Du «Big Pharma»: pas besoin d'explications. Du corps politique, qui n'aime rien davantage que de se donner, par des programmes, campagnes et autres interventions, de nouvelles façons de s'insérer dans le moindre interstice de la vie individuelle et collective.

La médecine moderne accomplit de grandes choses et la science qu'elle accumule et utilise est l'un des plus grands acquis de l'humanité. Néanmoins, ce serait maintenant lui rendre service que de poser davantage de questions sur la nécessité, l'efficacité, l'innocuité, de certaines des solutions qu'elle propose aux malades.

Et aux gens en attente de l'être.

* Malades d'inquiétude, c'est précisément le titre d'un ouvrage du médecin américain Nortin M. Hadler qui, déjà en 2008, dénonçait la surmédicalisation.