Le ministère de l'Éducation et l'Université McGill en sont enfin venus à une entente. Parce qu'elle a accepté d'apporter un certain nombre de modifications à son programme de MBA, l'université montréalaise pourra dorénavant exiger les droits de scolarité de 29 500$ sans subir les foudres du Ministère.

Mis à jour le 29 août 2011
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

C'est une bonne nouvelle pour McGill, en ce sens que cette entente met fin à une croisade peu glorieuse du gouvernement du Québec contre cette université, qui a été ponctuée par des sorties très agressives du Ministère et de la ministre et qui a culminé par une amende salée, deux millions, pour punir l'institution d'avoir voulu innover et sortir des sentiers battus.

Mais qu'on ne s'y trompe pas. Cette entente ressemble à une vaste entreprise de maquillage. Elle consiste essentiellement à forcer McGill à apporter des modifications artificielles à son programme, pour lui donner une dimension internationale, avec des stages à l'étranger, un recours accru à des professeurs étrangers.

Ces changements permettent de classer le programme de MBA dans la catégorie des programmes spécialisés, et non pas dans celle des programmes réguliers. Parce qu'il devient spécialisé, ce MBA n'est plus soumis aux normes de financement du Ministère et peut donc imposer des droits de scolarité beaucoup plus élevés. Et le tour est joué!

Est-ce que le programme sera meilleur? Probablement pas. Est-ce qu'il servira mieux les étudiants québécois? Certainement pas, parce que ces nouvelles règles empêcheront certains étudiants de s'y inscrire. Est-ce qu'il soutiendra le développement de l'université? Peut-être pas, parce qu'il fera moins appel au corps professoral et aux ressources d'ici.

Qui gagnera, alors? La bureaucratie. Cette entente, ce n'est pas la victoire de la pédagogie, de la logique, de l'efficacité, de l'excellence, c'est celle de la conformité. Une longue et inutile bataille pour que les choses correspondent aux normes. Et cela nous rappelle qu'au Québec, surtout dans nos grands réseaux de l'éducation et de la santé, ce n'est pas le gouvernement qui dirige, mais la grosse machine.

Il est vrai que l'idée de McGill de créer ce MBA et d'exiger des droits très élevés contrevenait aux politiques sur les droits de scolarité. L'université justifiait cette initiative par le coût très élevé d'un MBA de haut niveau, et par le caractère particulier du programme. Elle ajoutait qu'il est plus juste de faire payer ces coûts par les étudiants qui en profiteront, puisque leur diplôme leur promettra des revenus très élevés, plutôt que par ceux des autres facultés.

Mais cela ne correspondait pas aux normes, et cela arrivait au moment où le gouvernement Charest faisait face à une vive opposition pour s'être engagé dans un dégel pourtant modeste des droits de scolarité. McGill allait trop vite et risquait de créer un précédent difficile à gérer.

Et surtout, son initiative aurait forcé une réflexion plus complexe sur le financement universitaire, l'équité et l'accès. Car la croisade du Ministère reposait sur une conception simpliste de ces enjeux. Au nom de l'accès aux études supérieures, on voulait que tous les étudiants paient les mêmes droits de scolarité. On voulait que l'enseignement soit le même partout, la ministre ayant déclaré: «Notre responsabilité, c'est de s'assurer que la qualité de l'enseignement soit comparable dans l'ensemble du Québec». On voulait que les droits de scolarité soient les mêmes dans toutes les universités et toutes les facultés. Le principe de la similitude.

Cette recherche d'uniformité qui n'a rien à voir avec la justice sociale, mais relève davantage de l'obsession des normes. Une réflexion plus fine nous montrerait que la justice sociale, c'est plutôt d'aider ceux qui en ont besoin et de faire payer ceux qui le peuvent.

L'entente entre l'Université McGill et le ministère de l'Éducation ressemble à une vaste entreprise de maquillage.