«Il ne devrait plus être permis à un citoyen du Texas de devenir président des États-Unis!» a un jour lancé Bill Maher, l'humoriste, animateur et documentariste américain sans doute le plus mordant de son pays. Après la présidence de George W. Bush, en effet, il ne serait pas étonnant que l'Amérique éprouve un certain ras-le-bol pour la manière texane...

Mario Roy LA PRESSE

Pourtant, c'est une véritable caricature de politicien texan qui, depuis son entrée dans la course à l'investiture républicaine, il y a cinq jours, est devenue la vedette instantanée du Grand Old Party.

Rick Perry, 61 ans, gouverneur du Texas, serait capable de faire passer Bush pour un intellectuel athée, communiste, homosexuel et ami des arts (!) tant sa personnalité redéfinit la droite de la droite: à ce jour, la photo la plus diffusée de sa jeune campagne le montre, revolver au poing, dans une assemblée publique... Perry est un ultrareligieux qui a reçu l'appel de son dieu à la présidence après avoir accompli, en tant que gouverneur, un «miracle» économique sur lequel il assoit le sérieux de sa démarche.

Mais ce miracle existe-t-il vraiment?

Il est exact qu'il s'est créé au Texas, depuis le début de la crise, davantage d'emplois que dans n'importe quel autre État de l'Union. Mais il n'est pas facile de savoir dans quelle mesure cela est venu du cabinet du gouverneur... Sinon, le Lone Star State demeure un désert aride en matière d'éducation (et forcément d'illettrisme), d'accès à l'avortement, de peine de mort, d'assurance-santé, de niveau salarial (et forcément de pauvreté).

Bref, Perry est fait sur mesure pour la zone d'influence du Tea Party.

Mais il n'est pas le seul.

Des deux autres candidats qui composent ce qu'on pourrait appeler la trilogie républicaine, l'une est abonnée à la même ferveur religieuse et au même ultra-conservatisme politique que Rick Perry. On pourrait même dire de Michele Bachmann, membre de la Chambre des représentants et pionnière du Tea Party, qu'elle professe un christianisme radical, énergique, revendicateur, qu'elle tente pour l'instant - électoralisme oblige - de mettre sous le boisseau.

Tout cela constituerait un tableau parfaitement délirant si la troisième personne comptant parmi les favoris actuels de la course républicaine n'était pas, à tous points de vue, plus modérée: Mitt Romney revient donc à la charge après son échec de 2008. Cependant, lui aussi a un dieu sous le boisseau. Romney est mormon, en effet, et porte le fardeau d'une mythologie religieuse, disons... ésotérique, ce qui pourrait être utilisé contre lui.

Et ce le sera bel et bien si, franchissant les étapes, Mitt Romney doit affronter le président démocrate en exercice.

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Est-il fatal que l'une ou l'autre de ces divinités ait raison en 2012 de Barack Obama? Pas sûr. Aussi impopulaire soit-il pour l'instant, tout n'est apparemment pas perdu pour lui.

«C'est précisément à cette intrusion de la religion dans la politique que la majorité des Américains s'oppose de plus en plus», écrit le New York Times en analysant la courbe dessinée par des sondages réalisés depuis 2006. De même, le Tea Party, véritable intersection entre politique et religion où se concentrent les fous de dieu à la mode chrétienne, est en réalité en perte de vitesse.

En somme, les Américains ont surpris en 2008 et pourraient encore surprendre en 2012.