À Birmingham, pendant les émeutes qui ont secoué la Grande-Bretagne, trois jeunes d'origine pakistanaise ont été tués alors que, sortant de la mosquée, ils protégeaient leur communauté des pilleurs. Une voiture à bord de laquelle prenaient apparemment place trois émeutiers a foncé sur eux.

Publié le 13 août 2011
Mario Roy LA PRESSE

À Birmingham, pendant les émeutes qui ont secoué la Grande-Bretagne, trois jeunes d'origine pakistanaise ont été tués alors que, sortant de la mosquée, ils protégeaient leur communauté des pilleurs. Une voiture à bord de laquelle prenaient apparemment place trois émeutiers a foncé sur eux.

Deux autres morts violentes sont survenues pendant les événements. L'une des victimes est un modeste retraité de 68 ans frappé à la tête alors qu'il tentait d'éteindre un feu allumé dans une poubelle, à Ealing, une banlieue de Londres.

De façon moins risquée, d'autres citoyens ordinaires ont aussi pris les choses en main en s'armant de balais pour nettoyer les quartiers ravagés! Exactement comme, jadis, on le faisait après les destructions infligées par l'aviation nazie...

«C'est l'esprit londonien», a sobrement commenté le maire Boris Johnson.   

* * *

Protéger, résister, réparer. Voilà ce qu'a été la riposte citoyenne des Britanniques. Voilà l'admirable histoire négligée, oubliée.

À Toronto, à Vancouver et au Caire, par exemple, on a également vu des actes de résistance et des... balais. Mais les Britanniques ont une raison supplémentaire de ne plus compter que sur leurs propres moyens: leur société se désagrège à la vitesse grand V.

L'État (encore pachydermique malgré toutes les Madame Thatcher que l'on voudra) n'en peut plus. La santé et le bien-être social grugent 53% du budget. Quatre ménages sur 10 reçoivent des chèques de Sa Majesté. Dans certaines parties du Royaume-Uni, l'État alimente entre 73% et 78% de l'économie! Il y a des coupures budgétaires? Certes. Notamment au sein de la police (20%), déjà la moins musclée au monde: seulement 6% des agents sont armés et presque 95% des crimes ne sont jamais résolus. La justice est de la même eau: on a calculé que, en moyenne, un cambriolage «vaut» 24 heures de prison...

Cela étant, le crime, la violence et la dégradation sociale sont évidemment terrifiantes.

Dans un ménage sur sept, personne ne travaille. Le niveau de dépendance aux drogues est le plus élevé d'Europe, tout comme la monoparentalité. L'État a installé des caméras dans 20 000 foyers dysfonctionnels afin de s'assurer que les enfants fréquentent l'école et vont au lit à une heure décente. Le taux de criminalité a été multiplié par 10 depuis 1954. Les rues de Londres sont plus violentes que celles de New York ou Istanbul. La sous-culture «gangsta» est omniprésente. Des affiches rappellent qu'il est interdit de battre les employés de l'État...

Que serait un remake d'Orange mécanique, le film britannique tourné en 1971 par Stanley Kubrick sur le thème de l'hyper-violence utilisée comme exutoire orgasmique? Peu différent, sans doute. Sinon qu'il serait tourné à Birmingham ou à Ealing, un soir d'émeute.