Une seule des nombreuses questions des députés britanniques au magnat de la presse Rupert Murdoch et à ses acolytes les a désarçonnés. «Connaissez-vous l'expression "aveuglement volontaire"?», a demandé le député libéral Adrian Sanders à James Murdoch, fils de Rupert. James n'a pas su quoi répondre. Le père est finalement venu à sa rescousse: «Nous ne sommes pas coupables de cela», a-t-il dit fermement. Tous n'ont pas été convaincus.

André Pratte LA PRESSE

Une seule des nombreuses questions des députés britanniques au magnat de la presse Rupert Murdoch et à ses acolytes les a désarçonnés. «Connaissez-vous l'expression "aveuglement volontaire"?», a demandé le député libéral Adrian Sanders à James Murdoch, fils de Rupert. James n'a pas su quoi répondre. Le père est finalement venu à sa rescousse: «Nous ne sommes pas coupables de cela», a-t-il dit fermement. Tous n'ont pas été convaincus.

Tout au long de leur témoignage devant un comité de la Chambre des communes, Rupert, James et Rebekah Brooks, ancienne patronne des journaux anglais du groupe, ont soutenu que jusqu'à l'an dernier, ils ignoraient que l'écoute de conversations téléphoniques et l'intrusion dans des boîtes vocales étaient une pratique répandue au tabloïd News of the World.

Pourtant, dès 2006, des informations ont circulé à ce sujet. Cette année-là, un reporter du journal et un détective privé ont été arrêtés, puis condamnés pour avoir accédé à la messagerie du prince William. L'année suivante, James Murdoch a signé une entente hors cour en vertu de laquelle une des victimes de l'espionnage du News of the World a reçu 700 000 livres (1 million de dollars) et s'est engagée à ne plus parler de l'affaire. En 2009, le quotidien The Guardian a affirmé que quelque 3000 personnes avaient été la cible des tactiques illégales du tabloïd. Les Murdoch et Mme Brooks jurent qu'ils ont cru leurs subalternes quand ceux-ci leur parlaient de cas isolés.

Un propriétaire soucieux de la liberté de presse, comme prétend l'être Rupert Murdoch, aurait ordonné à son équipe de tout faire pour que cessent ces pratiques illégales; l'équipe aurait obtempéré sur-le-champ. De deux choses l'une: ou bien M. Murdoch savait ce qui se passait, mais se fichait des méthodes employées pourvu que le News of the World maintienne son imposant tirage ; ou bien lui et ses adjoints ne savaient rien, en quel cas ils sont coupables de grave incompétence. Or, rien dans le parcours de Rupert Murdoch n'indique que l'incompétence est l'une de ses faiblesses.

À moins que le député Sanders ait raison, c'est-à-dire que les dirigeants de News Corp. aient fait en sorte qu'on ne les informe pas des méthodes employées par l'hebdomadaire. On l'a dit, à la question du député, «Connaissez-vous l'expression "aveuglement volontaire"?», Murdoch fils est resté bouche bée. M. Sanders lui a alors lu la définition suivante: «S'il y a des faits que vous auriez pu connaître, que vous auriez dû connaître, mais que vous avez choisi de ne pas connaître, vous êtes tout de même responsable.»

Malgré les regrets et les excuses exprimés hier par les Murdoch et Mme Brooks, on a du mal à croire à leur virginité. En tout cas, après ce qui vient de se passer, il faut un culot rare pour affirmer, sur le site web du défunt News of the World, que celui-ci fut «le plus grand journal du monde».