La Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain a publié hier les rapports d'études faites sur l'état du pont Champlain et sur son éventuel remplacement. Bien que ces études aient déjà fait l'objet de fuites dans les médias, on ne peut que se réjouir du fait que le gouvernement Harper ait fait un premier pas vers la transparence dans ce dossier. Il faut maintenant souhaiter que tous les documents pertinents seront rendus publics et que le gouvernement du Québec suivra l'exemple d'Ottawa en dévoilant ses propres études sur le pont Mercier.

André Pratte LA PRESSE

La Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain a publié hier les rapports d'études faites sur l'état du pont Champlain et sur son éventuel remplacement. Bien que ces études aient déjà fait l'objet de fuites dans les médias, on ne peut que se réjouir du fait que le gouvernement Harper ait fait un premier pas vers la transparence dans ce dossier. Il faut maintenant souhaiter que tous les documents pertinents seront rendus publics et que le gouvernement du Québec suivra l'exemple d'Ottawa en dévoilant ses propres études sur le pont Mercier.

Le changement d'attitude du fédéral est d'autant plus heureux que plus tôt cette semaine, le ministre des Transports, Denis Lebel, avait refusé de rendre publics les études relatives au pont Champlain. M. Lebel craignait que des personnes n'ayant pas l'expertise nécessaire fassent de ces documents une interprétation susceptible de semer l'émoi. Du même souffle, le ministre assurait qu'il ne s'y trouve rien d'«insécurisant».

Le raisonnement initial de M. Lebel était tout aussi erroné et méprisant que celui de son homologue provincial, Sam Hamad, en ce qui a trait au pont Mercier. De dire M. Hamad à un reporter de The Gazette, «si je vous donnais ces rapports très techniques, vous n'en comprendriez peut-être pas la moitié».

Les deux ministres demandaient donc aux citoyens de leur faire aveuglément confiance. «Les citoyens veulent savoir si le pont (Mercier) est sûr, la réponse est oui», affirme M. Hamad. Or, le comportement passé des deux ministères inquiète beaucoup plus qu'il ne sécurise. Ainsi, il a fallu que les journalistes André Noël et Bruno Bisson, de La Presse, mettent la main sur deux des rapports faits sur le pont Champlain pour que les automobilistes et camionneurs sachent à quel point la situation est critique. Par ailleurs, faut-il rappeler l'incurie systématique du ministère des Transports du Québec révélée par l'enquête Johnson après l'effondrement du viaduc de la Concorde?

L'argument selon lequel un document ne peut pas être publié parce que la population n'y comprendrait rien ou parce que cela susciterait une inquiétude injustifiée est l'une des tactiques de camouflage les plus anciennes des gouvernements. Cette justification dénote une attitude paternaliste qui n'a pas sa place dans une démocratie moderne. Le plus souvent, elle cache le désir des élus et de leurs maîtres bureaucrates de s'éviter les ennuis que leur apporterait la publication dudit document.

Dans des dossiers similaires portés devant la Commission d'accès à l'information, d'autres raisons ont été données, par exemple le fait que tel document comprend des informations pouvant fausser l'appel d'offres lancé pour la réparation d'un ouvrage. On invoque aussi la nécessité de «protéger le processus décisionnel» du ministère. Toutefois, étant donné la gravité de la situation actuelle, ces arguties juridiques ne font pas le poids.

Des dizaines de milliers de personnes empruntent les ponts Mercier et Champlain chaque jour. Ces gens-là ont le droit de savoir dans quel état se trouvent ces infrastructures. Dans de telles circonstances, loin de rassurer, le secret laisse craindre le pire.