Le gouvernement de la Grèce a franchi hier une étape décisive en faisant approuver par le Parlement le plan d'austérité exigé par l'Union européenne et le FMI en échange du versement d'une nouvelle tranche d'aide financière. Toutefois, la crise est très loin d'être réglée. Non seulement la situation budgétaire et économique du pays est-elle gravissime, mais le climat social se détériore de jour en jour. Il est loin d'être certain que le gouvernement du premier ministre Georges Papandréou sera capable de rendre effectives les mesures annoncées, aussi draconiennes que nécessaires.

André Pratte LA PRESSE

Le gouvernement de la Grèce a franchi hier une étape décisive en faisant approuver par le Parlement le plan d'austérité exigé par l'Union européenne et le FMI en échange du versement d'une nouvelle tranche d'aide financière. Toutefois, la crise est très loin d'être réglée. Non seulement la situation budgétaire et économique du pays est-elle gravissime, mais le climat social se détériore de jour en jour. Il est loin d'être certain que le gouvernement du premier ministre Georges Papandréou sera capable de rendre effectives les mesures annoncées, aussi draconiennes que nécessaires.

Dans les rues d'Athènes, les manifestations organisées par les syndicats ont pris de l'ampleur. De jeunes manifestants masqués ont affronté la police. Celle-ci a réagi en inondant la place de la Constitution de gaz lacrymogène, provoquant problèmes respiratoires et colère chez des centaines de manifestants pacifiques.

La grogne populaire est compréhensible. Le plan du gouvernement fera mal: hausses de l'impôt sur le revenu et de la taxe de vente, diminution des salaires des employés de l'État, réduction des avantages sociaux... Les Grecs voudraient croire que la crise a été provoquée par une classe politique corrompue et par les banques, que les bureaucrates européens leur imposent des sacrifices démesurés. En réalité, la population paie aujourd'hui le prix de décennies de mauvaise gestion, de patronage et de délinquance fiscale. Certes, les élites en ont profité, mais bien des gens ordinaires aussi. Les créanciers du pays sonnent aujourd'hui la fin de la récréation. Quoi qu'il arrive, à court terme, les Grecs souffriront.

Tout juste nommée à la tête du FMI, Christine Lagarde a pressé les partis de l'opposition de donner leur appui au plan du premier ministre Papandréou. «Il y va du destin du pays», a averti Mme Lagarde. Son appel n'a pas été entendu. Le principal rival des socialistes, le parti Nouvelle Démocratie, a dénoncé les mesures d'austérité. Selon le chef de la formation conservatrice, l'économiste Antonis Samaras, le gouvernement ne devrait pas augmenter les impôts alors que le pays est en récession. Sauf que M. Samaras doit bien savoir que le gouvernement n'a d'autre choix que de se plier aux exigences de l'Europe et du FMI.

En laissant croire à la population qu'on pourrait lui éviter ces sacrifices, l'opposition et les syndicats font preuve d'une grave insouciance; leur résistance ne fera qu'aggraver les difficultés du pays.

Les risques que la Grèce se retrouve en défaut de paiement s'accroissent. Les conséquences d'une telle faillite sur le pays, sur l'Union européenne et sur l'économie mondiale sont imprévisibles et potentiellement catastrophiques. «Il faut réformer notre économie avec l'aide de nos concitoyens, pas malgré eux», aime dire M. Papandréou. Malheureusement, il semble que le peuple grec soit de moins en moins enclin à suivre le premier ministre.