Le navire devant amener 30 Canadiens, dont une poignée de Québécois, à Gaza à partir des côtes grecques lèvera l'ancre, demain. Il rejoindra en mer le reste de la flottille dite Liberté II, dont la mission officielle est d'apporter de l'aide humanitaire aux 1,6 million de Gazaouis soumis à de sévères contrôles frontaliers.

Publié le 27 juin 2011
Mario Roy LA PRESSE

Le navire devant amener 30 Canadiens, dont une poignée de Québécois, à Gaza à partir des côtes grecques lèvera l'ancre, demain. Il rejoindra en mer le reste de la flottille dite Liberté II, dont la mission officielle est d'apporter de l'aide humanitaire aux 1,6 million de Gazaouis soumis à de sévères contrôles frontaliers.

Il y a un an, une première flottille avait été arraisonnée par l'armée israélienne, une escarmouche sur un des navires faisant alors neuf morts parmi les militants.

Or, Israël a prévenu que la petite armada sera à nouveau interceptée. En conséquence, les militants se préparent au pire. Et ils espèrent, pour ce qui est des Canadiens, que le gouvernement Harper viendra à leur secours «si jamais l'armée israélienne fait des folies», a dit souhaiter Manon Massé de Québec solidaire, membre de l'expédition.

La table est donc mise, au mieux, pour une nouvelle bataille de l'image qu'Israël ne peut pas gagner; au pire, pour un autre incident sanglant qui hausserait encore d'un cran le niveau de virulence du conflit israélo-palestinien.

Une seule certitude: quoi qu'il arrive, la population de Gaza ne retirera aucun bénéfice de cette bravade.

* * *

On se demande d'ailleurs si quelqu'un s'en soucie.

«Notre geste est humanitaire, bien sûr, mais extrêmement politique», dit encore Manon Massé. Or, le «Palestinien» ayant remplacé le «prolétaire» dans l'imagerie rituelle de la gauche, la politique échafaudée en son nom le concerne assez peu... tout comme le «prolétaire» ne fut jadis que prétexte à exhibitionnisme idéologique.

S'il s'agissait vraiment de livrer des fournitures essentielles au Palestinien de la bande de Gaza, en effet, le port d'Ashdod, à 25 kilomètres de chez lui, est prêt à accueillir la flottille.

Et encore faudrait-il déterminer ce qui lui serait utile. Car la situation à Gaza est confuse. Les signes de grave pénurie dans certains secteurs côtoient un boom de la construction, des ouvertures d'usines, une chute du chômage et d'importants investissements dans les infrastructures. «Gaza vit sa première véritable période de croissance économique depuis le siège de 2007...» écrivait, samedi, le New York Times.

Cela ne signifie pas que la situation des Palestiniens doive être ignorée de la communauté internationale: elle est difficile, voire injuste. Mais cela plaide certainement pour une mise en perspective.

Actuellement, quelque 30 conflits de basse, moyenne, ou haute intensité sévissent dans le monde. Parmi les plus longs et les plus meurtriers, certains intéressent tellement peu la gauche et les médias que vous n'en connaissez probablement même pas l'existence!

Pourquoi? Pourquoi ce conflit-là et pas les autres?

Les hardis navigateurs de l'opération Liberté II auraient été bien inspirés de répondre à cette question avant de s'embarquer - et de nous embarquer, le cas échéant - dans leur galère.