En 15 ans à La Presse, toujours dans le domaine politique comme journaliste, patron et chroniqueur, je ne compte plus le nombre de rencontres éditoriales auxquelles j'ai eu le privilège d'assister.

Publié le 28 avr. 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

Peu ont été aussi lugubres que celle d'hier avec le chef libéral Michael Ignatieff.

Non pas M. Ignatieff lui-même, toujours aussi gentleman, mais l'ambiance. Le contexte. Le non-dit dans la salle de l'édito.

Comme on dit en politique, le plancher est en train de s'effondrer sous les pieds des libéraux. Cela a commencé au Québec et ça se propage maintenant en Ontario, en Colombie-Britannique et, qui sait, peut-être ailleurs. Tout le monde le sait, tout le monde le voit, à commencer par les libéraux eux-mêmes, mais il faut terminer la course. Et faire semblant que l'on a encore une chance.

Michael Ignatieff le sait. Nous, assis autour de la grande table de l'édito, le savons aussi. Idem pour l'entourage du chef libéral. Un ange passe...

«Faut pas croire ça, madame, faut pas croire ça », a lancé, pour toute réponse, M. Ignatieff à ma collègue Lysiane Gagnon qui lui rappelait que les nouvelles du front dans Westmount et Mont-Royal sont inquiétantes pour les libéraux.

Westmount et Mont-Royal... C'est comme si les électeurs de Red Deer en Alberta tournaient le dos aux conservateurs.

«Stéphane Dion ne croyait pas non plus que son parti pouvait perdre Outremont. Parfois, des choses arrivent...», ai-je rappelé à Michael Ignatieff.

Après cette rencontre éditoriale, un des proches conseillers de Michael Ignatieff a écrit ce message sur Twitter: «L'un des problèmes avec les commentateurs est leur propension à être fatalistes». Je suis peut-être parano, mais je me suis senti visé.

Lorsqu'il s'est présenté à La Presse, M. Ignatieff arrivait de Québec, là où ses candidats ont du mal à franchir la barre de 10 % d'intentions de vote.

Les libéraux étaient déjà exsangues au Québec, surtout dans l'électorat francophone, voilà maintenant que la vague orange les a complètement submergés.

Comment expliquer cette poussée surréaliste (je pèse ici mes mots: cette poussée est proprement surréaliste) du NPD? ai-je demandé à Michael Ignatieff.

Selon le chef libéral, le fait qu'il ait été lui-même sous la loupe des médias et sous le feu nourri des conservateurs depuis cinq ans a permis à Jack Layton de se faufiler discrètement sans être remarqué et de réapparaître en pleine lumière.

Michael Ignatieff et ses conseillers affirment par ailleurs que les Québécois devraient y penser à deux fois avant d'appuyer les candidats du NPD, dont la plupart sont de parfaits inconnus quand ils ne sont pas carrément absents.

«Le NPD, c'est un vide, c'est une bulle, dit M. Ignatieff. On verra au cours des quatre prochains jours qui sont les candidats du NPD.»

Trop tard. La vague est partie, comme le confirment les coups de sonde locaux à Québec et au Saguenay-Lac Saint-Jean. La question, maintenant, est de savoir si nous aurons de l'eau orange jusqu'aux chevilles ou jusqu'aux hanches.

Le NPD premier à Québec? Devant une ministre et des députés conservateurs? Devant l'indélogeable bloquiste Christiane Gagnon, dans Québec, celle qui a battu Gilles Loiselle et Jean Pelletier?

Si cet effet de mode pro-NPD se confirme lundi soir, ce n'est plus d'une vague dont il faudra parler, mais d'un tsunami. Un tsunami semblable à celui de l'ADQ en 2007, provoqué par la même réaction de rejet des autres partis par les électeurs.

Le plus étonnant de l'affaire, considérant ce que nous disions avant la campagne, c'est que le Québec, à cause de cette poussée fiévreuse du NPD, est redevenu un point électoral chaud. Bouillant même.

La présence de Stephen Harper au Québec hier et aujourd'hui, et ses attaques contre le NPD, le confirment. Si M. Harper perd sa majorité, ça pourrait être ici, au Québec, tard lundi soir.

Et pas à cause du Bloc, mais à cause du NPD.

Surréaliste, je répète.