Le Bloc québécois a-t-il dépassé sa date de péremption?

Mis à jour le 26 avr. 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

Bien des Québécois se posent cette question ces temps-ci, tout comme les analystes, les commentateurs, et même d'anciens bloquistes, dont Suzanne Tremblay, députée de ce parti pendant 11 ans.

«Si je n'avais pas été moi-même députée du Bloc, je ne suis pas sûre que je ne penserais pas comme la moitié du monde, c'est-à-dire que le Bloc a fait son temps», m'a confié Mme Tremblay, hier.

En convalescence depuis quelques semaines (elle va beaucoup mieux, assure-t-elle), Suzanne Tremblay a suivi la campagne avec un regard averti et intéressé dans les médias, mais aussi avec «son monde» dans son coin, Rimouski.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la campagne du chef du Bloc, Gilles Duceppe, ne l'a pas impressionnée, loin de là.

«C'est une campagne affreuse, avec un slogan ridicule! lâche-t-elle, spontanément. Je n'ai jamais vu Gilles (Duceppe) aussi hargneux, aussi nerveux. Il est tanné, c'est évident. Gilles est constipé dans cette campagne! Et il reproche à Layton d'être souriant, alors que les gens sont tannés de voir des choses négatives et des nouvelles déprimantes à la télé!»

Dans son entourage, Suzanne Tremblay constate ce que les sondages ont détecté: «Plein de gens fuient le bateau bloquiste.» Pas elle, toutefois. Elle a déjà voté (pour le Bloc dans sa circonscription de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques). «Je vote pour Claude (Guimond), je l'appuie personnellement», dit-elle sans grande conviction.

Mme Tremblay, comme bien du monde, pense par ailleurs que le Bloc a sorti Jacques Parizeau en panique, hier matin à Saint-Lambert.

Cette apparition de M. Parizeau était prévue, s'est défendu le Bloc, hier, et il est vrai que monsieur a appuyé publiquement le Bloc à chacune des élections. Cela dit, lorsque l'on invite Jacques Parizeau en campagne, on trouve une salle de Montréal, avec des centaines de militants, pas un local électoral de Saint-Lambert (circonscription que les bloquistes pourraient perdre si le NPD leur gruge trop de votes).

Il y a, par ailleurs, des risques à faire intervenir M. Parizeau, notamment celui de refroidir les électeurs bloquistes qui ne veulent rien savoir d'un nouveau référendum. Or c'est précisément de cela qu'a parlé Jacques Parizeau.

M. Parizeau, c'est bien pour mobiliser les jeunes souverainistes et la base du mouvement qui participera à l'opération sortie de vote lundi prochain, mais dans le grand public, l'effet pourrait être contreproductif. Après tout, c'est Gilles Duceppe lui-même qui répète depuis des années que ce n'est pas au fédéral que se décide et se dessine le prochain référendum.

Gilles Duceppe a commis l'erreur de jouer sur deux patinoires en même temps dans cette campagne. D'abord défensivement, sur la patinoire du fédéral, en disant que ce n'est pas l'endroit pour parler de souveraineté. Puis, à l'offensive, sur la patinoire du PQ, au congrès de la semaine dernière, pour parler du prochain référendum et du pays à venir.

On y revient donc encore une fois: un vote pour le Bloc, c'est un vote pour la souveraineté?

L'entrée remarquée de Jacques Parizeau dans la campagne laisse croire que le Bloc tente de sauver les meubles, de se raccrocher à sa base la plus fidèle et la plus militante.

Autre signe que quelque chose cloche dans la campagne bloquiste: Gilles Duceppe fera campagne aujourd'hui dans Hochelaga, circonscription gagnée par le Bloc en 2008 par 13 000 voix de majorité (50% du vote).

C'est comme si Stephen Harper détournait son avion demain pour se poser en Alberta, où il n'a pas mis les pieds depuis le début de la campagne et où il n'ira pas avant le dernier jour, seulement parce que sa circonscription s'y trouve.

L'effet Layton est bien présent, même dans les forteresses jadis impénétrables du Bloc.

La vague orange du NPD de Jack Layton inquiète aussi dans la circonscription voisine de Rosemont-Petite-Patrie (victoire du Bloc par 17 000 voix de majorité), où le pointage bloquiste indique une poussée du NPD.

Clairement, on sent chez les électeurs traditionnellement bloquistes une certaine lassitude dans ces élections.

Malgré la domination du Bloc depuis 20 ans, ce n'est pas la première fois que les Québécois songent à «tromper» Gilles Duceppe.

En 1997, les conservateurs, menés par un certain Jean Charest, se dirigeaient vers une belle récolte au Québec jusqu'à ce que Jean Chrétien affirme qu'il ne reconnaîtrait pas un vote de 50 plus un au référendum, jetant bien des électeurs dans les bras du Bloc.

En 2000, le même Jean Chrétien a récolté plus de votes au Québec que le Bloc (mais un siège de moins), et ce, après avoir fait adopter la loi sur la clarté.

Enfin, en 2004, n'eût été le scandale des commandites, tous les sondages prévoyaient une razzia de Paul Martin dans les rangs bloquistes.

La question se pose aujourd'hui: les Québécois sont-ils fidèles au Bloc ou sont-ils avec lui par défaut?